Je verrai à faire changer ses dispositions... on vous accordera vos deux
régiments.
MAURICE
S’il était vrai!...
LA PRINCESSE
J’irai à Versailles... et pour vous tenir au courant de ce que j’aurai
fait, de ce que j’aurai appris...
MAURICE
Je viendrai ici...
LA PRINCESSE
Ici... non, la foule des curieux et des importuns, sans compter mon
mari, ne me laisse pas un instant de liberté... Mais écoutez-moi: M. le
prince de Bouillon a acheté, pour la Duclos, une petite maison
charmante, délicieuse, près de la Grange-Batelière... à deux pas de
l’enceinte de Paris... j’en puis disposer... c’est là seulement que je
vous recevrai.
MAURICE
Dans cette maison qui appartient...
LA PRINCESSE
A mon mari... raison de plus! chez lui, c’est chez moi...
MAURICE, _gaiement_
En vérité, princesse, il n’y a que vous pour de telles combinaisons!
LA PRINCESSE
Oui, c’est assez ingénieux... Quand ce sera possible et nécessaire,
c’est mademoiselle Duclos elle-même qui vous en préviendra en vous
écrivant, jamais moi!
MAURICE, _de même_
Mais ne craignez-vous pas?...
LA PRINCESSE
Rien!... la Duclos m’est dévouée... son sort est dans mes mains...
MAURICE
Je comprends... mais moi... (_A part._) Accepter quand j’en aime une
autre... non, mieux vaut tout lui dire... (_Haut._) Je ne sais,
princesse, comment vous remercier de votre générosité, de votre
dévouement...
LA PRINCESSE
En acceptant!... Silence! on vient!... qu’est-ce?
(_Se retournant avec impatience et apercevant l’abbé qui vient d’entrer
par la porte à droite._) Rien... c’est l’abbé...
MAURICE, _salue respectueusement la princesse et sort par le fond_.--_A
part_
Plus tard! plus tard!
SCÈNE V
LA PRINCESSE, _qui est remontée avec Maurice jusqu’au fond du théâtre_,
L’ABBÉ, _se jetant dans un fauteuil à droite_
L’ABBÉ
Soixante pages de chimie!
(_Il tire de sa poche un flacon de sels qu’il respire à plusieurs
reprises._)
LA PRINCESSE, _redescendant le théâtre en rêvant et en regardant le
bouquet_
Une bouquetière qui attache ses fleurs avec cordons soie et or!... Cet
embarras... cette froideur... sont de quelqu’un qui n’aime plus!... cela
peut arriver à tout le monde... mais si cette passion, qui lui a fait
dédaigner la fille du czar... était, non pas pour moi, mais pour une
autre!... une rivale! une rivale préférée!... Je m’emporte!... non...
non... sans me mettre en avant, sans me compromettre... je le saurai!
(_Elle redescend toujours le théâtre vers le fauteuil où l’abbé est
assis et s’assied sur une chaise à côté de lui._)
L’ABBÉ, _respirant un flacon_
Soixante pages de chimie! c’est au-dessus de mes forces! je donne ma
démission! je renonce à mon emploi d’ami de la maison... (_Regardant la
princesse._) puisqu’il n’y a décidément ni avancement, ni indemnité à
obtenir...
LA PRINCESSE, _à demi-voix_
Et pourquoi donc, l’abbé?...
L’ABBÉ
Que voulez-vous dire?...
LA PRINCESSE
Écoutez-moi vite!... Une amie à moi... une amie intime...
L’ABBÉ
La duchesse d’Aumont?
LA PRINCESSE
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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