Laissez donc! on prétend que vous vous formez... que vous faites des
progrès étonnants, que vous étudiez nos bons auteurs. (_A la
princesse._) Oui, vraiment, dans la dernière campagne, Florestan l’a
surpris sous sa tente, récitant seul des vers de Racine ou de Corneille.
LA PRINCESSE, _riant_
C’est fabuleux.
ATHÉNAÏS, _poussant un cri_
Ah! mon Dieu! deux heures, et mon mari, M. le duc d’Aumont, qui m’attend
pour aller à Versailles.
LE PRINCE
Depuis quelle heure?
ATHÉNAÏS
Depuis midi.
LA PRINCESSE
Ce n’est pas trop.
ATHÉNAÏS
Venez-vous avec nous, l’abbé? Nous avons une place à vous offrir.
LE PRINCE, _retenant l’abbé par la main_
Non!... je le garde!... j’ai à lui lire ce matin la moitié du dernier
volume de mon traité...
L’ABBÉ, _bas à la princesse d’un air misérable_
Vous l’entendez?...
LE PRINCE
Impossible de remettre... l’imprimeur attend... et je l’emmène dans mon
cabinet!
ATHÉNAÏS
Pauvre abbé!... Adieu, messieurs! (_A la princesse._) Adieu, ma toute
belle, à demain!
(_Athénaïs sort par le fond, l’abbé et le prince sortent par la porte à
droite._)
SCÈNE IV
MAURICE, LA PRINCESSE
LA PRINCESSE, _après avoir attendu que toutes les portes fussent
refermées, se rapprochant vivement de Maurice_
Enfin donc on vous revoit! Depuis deux mois, pas une seule ligne de
vous! C’est par la duchesse d’Aumont que j’ai appris votre retour et
j’ai cru que je ne recevrais pas votre visite.
MAURICE
Ma première a été pour vous, princesse... arrivé cette nuit...
LA PRINCESSE
Vous n’avez vu de la matinée personne encore?
MAURICE
Que le secrétaire d’État au département de la guerre... (_Ayant l’air de
chercher._) le cardinal-ministre... et le premier commis qui tous, du
reste, m’ont assez mal accueilli et m’ont donné peu d’espoir!
LA PRINCESSE
D’autres vous ont dédommagé!
MAURICE
Que voulez-vous dire?
LA PRINCESSE, _qui depuis le commencement de la scène a tenu les
yeux fixés sur un bouquet que Maurice porte à la boutonnière de son
habit_
Je ne m’imagine pas que ce soit le secrétaire d’État ou le
cardinal-ministre qui vous ait donné ce bouquet de roses.
MAURICE, _avec embarras_
C’est vrai! je n’y pensais plus! vous voyez tout!
LA PRINCESSE
De qui vous viennent ces fleurs?
MAURICE, _riant_
De qui?... eh! mais, d’une petite bouquetière... fort jolie, ma foi...
que j’ai rencontrée presque aux portes de votre hôtel et qui m’a
supplié si vivement de le lui acheter...
LA PRINCESSE
Que vous avez pensé à moi...
MAURICE, _vivement_
Oui, princesse!
LA PRINCESSE
Quel aimable souvenir!... j’accepte, monsieur le comte, j’accepte...
MAURICE, _avec embarras, lui présentant le bouquet_
Vous êtes trop bonne!...
LA PRINCESSE, _à voix haute et feignant de l’admirer_
Il est charmant!... L’essentiel, en ce moment, quoique peut-être vous
méritiez peu qu’on s’occupe de vous... est de songer à vos intérêts...
vous dites que le cardinal-ministre... vous a mal accueilli...
MAURICE
Fort mal.
LA PRINCESSE
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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