LE PRINCE, _apercevant la porte à droite qui vient de se fermer_
Ah! l’on vous y prend, mon cher...
MAURICE, _avec trouble_
Vous ici, messieurs?
LE PRINCE, _riant_
J’ai vu la dame, je l’ai vue!
MAURICE
C’est une plaisanterie, sans doute?
LE PRINCE
Non, parbleu!... la robe blanche flottante... qui disparaissait... Voici
donc la Saxe aux prises avec la France...
MAURICE
Qu’est-ce que cela signifie?
L’ABBÉ
Que nous sommes au fait, mon cher comte.
LE PRINCE, _gaiement_
Et que cela ne se passera pas à huis clos, il nous faut de l’éclat et du
scandale. (_Frappant sur l’épaule de l’abbé._) Nous ne sommes pas des
abbés pour rien... n’est-il pas vrai?
MAURICE, _au prince, avec impatience_
Eh! monsieur, j’aurais cru, au contraire, que c’était pour vous qu’il
fallait éviter le bruit... Mais puisque vous le voulez, puisque vous
savez tout...
LE PRINCE, _riant_
Tout... et de plus nous avons les preuves...
MAURICE, _froidement et mettant son chapeau_
Monsieur le prince, je suis à vos ordres... M. l’abbé consentira, je
l’espère (le costume n’y fait rien), à nous servir de témoin, et comme
il y a, je crois, un jardin, nous pouvons y descendre.
LE PRINCE, _riant_
A cette heure?...
MAURICE
Il est toujours l’heure de se battre... et pourvu que nous en finissions
promptement... cela doit vous convenir...
L’ABBÉ, _qui a remonté le théâtre, redescend près de Maurice_
Voilà où est votre erreur. Nous ne tenons pas à en finir, au contraire,
nous voulons que cela dure:
Amour fidèle,
Flamme éternelle!
Comme dit l’air de Rameau! Et par un héroïsme qui surpasse toutes les
magnanimités d’opéra, M. le prince vous abandonne votre conquête!
MAURICE
Qu’est-ce à dire?
L’ABBÉ
A la condition que le traité de paix sera signé ici, à souper, à l’éclat
des flambeaux!
LE PRINCE
Au bruit des verres et du champagne.
MAURICE
Est-ce de moi, messieurs, que l’on veut rire?
L’ABBÉ
Vous l’avez dit!
LE PRINCE
Mon seul but étant de prouver à la Duclos...
MAURICE
La Duclos...
LE PRINCE, _montrant la porte à droite_
Que je ne tiens plus à ses charmes.
L’ABBÉ
Et que si la France et la Saxe se battaient pour elle...
LE PRINCE
Et pour sa vertu...
L’ABBÉ
Ce serait là une querelle d’Allemand que M. le prince ne se pardonnerait
jamais... Ah! ah! ah!
LE PRINCE, _riant aussi_
Ah! ha! ah! c’est drôle, n’est-il pas vrai?... Et loin de rire... comme
nous... vous avez un air étonné...
MAURICE
Oui, d’abord... Mais, maintenant, cela me paraît en effet si original...
LE PRINCE
N’est-ce pas?... Ah! ah! m’enlever la Duclos... de mon consentement...
un service d’ami!...
L’ABBÉ
Et vous ne refuserez pas, en nouveaux alliés, de vous donner la main...
MAURICE
Non, parbleu! voici la mienne...
LE PRINCE, _déclamant_
Soyons amis, Cinna, c’est moi qui t’en convie.
L’ABBÉ, _riant_
Et si, pour ratifier le traité, il vous faut un notaire, je vais
chercher celui de la Comédie-Française! et d’autres témoins encore!
(_Il sort par le fond._)
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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