C’est justement pour cela que je ne veux pas vous la nommer. (_D’un ton
conciliant._) Mais au lieu d’emportement et de menaces, pourquoi ne pas
se parler de franche amitié? pourquoi surtout ne pas se dire loyalement
la vérité? Jamais je n’ai vu de femme plus aimable que vous, plus
séduisante, plus irrésistible, et pourquoi? C’est que vos chaînes ne
semblaient tressées que de fleurs, c’est que gracieuses et légères,
elles retenaient un heureux et non pas un captif... c’est que toujours
prête à les briser, votre main coquette ne craignait pas d’en détacher
parfois quelques feuilles.
LA PRINCESSE
Maurice!
MAURICE
J’ai juré de tout dire. C’est sous l’empire d’un pareil traité, que le
plaisir un jour nous a souri, car ni vous ni moi n’avions pris au
sérieux un semblable sentiment, et nos liens volontaires ont eu d’autant
plus de durée que chacun de nous s’était réservé le droit de les rompre;
le reproche est donc injuste; où il n’y eut point de serment, il n’y a
point de parjure. (_Avec chaleur._) Il y en aurait, si je manquais à
l’amitié et à la reconnaissance que je vous ai vouées. De ce côté-là,
j’en jure par l’honneur, je me crois engagé. Pour le reste, je suis
libre.
LA PRINCESSE
Pas de me trahir, perfide!
MAURICE
Ah! prenez garde, princesse, je finis toujours par conquérir les
libertés que l’on me conteste.
LA PRINCESSE
C’est ce que nous verrons, et dussé-je vous perdre, vous et celle que
vous me préférez; dussé-je, pour la connaître, tout sacrifier...
MAURICE
Écoutez donc!... ce bruit dans la cour...
LA PRINCESSE
Un bruit de voiture!
MAURICE
Est-ce que vous attendez quelqu’un?
LA PRINCESSE
Eh! non, vraiment... Mademoiselle Duclos qui, seule, peut venir ici, ne
s’en aviserait pas, sachant que nous devions nous y trouver.
MAURICE, _à la princesse, qui s’approche de la croisée, à droite_
Voyez donc... par la fenêtre du jardin, vous qui connaissez cette
maison...
LA PRINCESSE, _redescendant vivement_
O ciel! c’est mon mari!
MAURICE
Que dites-vous?
LA PRINCESSE
Le prince de Bouillon, j’en suis sûre... je l’ai vu descendant de
voiture!
MAURICE
Qu’est-ce que cela signifie?
LA PRINCESSE
Je l’ignore... Mais il n’est pas seul, d’autres personnes, que la nuit
ne m’a pas permis de distinguer, l’accompagnent...
MAURICE
Je les entends!... elles montent cet escalier!
LA PRINCESSE
C’est fait de moi!
MAURICE, _remontant vers le fond_
Non, tant que je serai près de vous.
LA PRINCESSE
Il ne s’agit pas de me défendre, mais d’empêcher que je sois vue dans
cette maison!... Si le prince, si quelqu’un au monde se doute que j’y ai
mis les pieds... je suis perdue de réputation!
MAURICE
C’est vrai!
LA PRINCESSE
Ils viennent... (_Montrant la porte à droite._) Ah! de ce côté...
MAURICE
Où cela conduit-il?
LA PRINCESSE, _traversant le théâtre et s’élançant dans le cabinet à
droite_
A un petit boudoir!
SCÈNE III
L’ABBÉ, LE PRINCE, _entrant par le fond_; MAURICE
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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