Et pourrait-il en être autrement? Nous partageons notre marché
intérieur avec nos voisins, nous ne pouvons pas aller partager le
marché de nos voisins avec eux. Ils viennent chez nous, nous n’allons
pas chez eux. Il y a là une cause constante d’inégalité, car nos
concurrents commencent par réaliser chez eux des bénéfices qui les
mettent à même de vendre à plus bas prix en Belgique. La véritable
économie pour un fabricant est de produire le plus qu’il peut dans un
temps donné. Pour vendre à bon marché, il faut vendre beaucoup, c’est
une vérité démontrée. Or, notre consommation est trop minime, réduite
qu’elle est par les introductions étrangères. Pour les impressions, par
exemple, les frais de gravure d’un rouleau sont les mêmes en France
et en Angleterre qu’en Belgique. Avec le même rouleau un fabricant
français fera 500 pièces; un fabricant anglais 5000; un imprimeur belge
n’en fera quelquefois que 50. Il en est des impressions sur étoffes
comme des impressions sur papier; le livre qu’on tire à un nombre
considérable d’exemplaires, se vend à peu de chose près pour le coût du
papier. Les étoffes imprimées qui arrivent de France ou d’Angleterre en
Belgique, s’offrent à un prix qui représente la valeur du calicot.
C’est surtout en temps de crise qu’il devient impossible aux fabricants
belges de résister à cette concurrence écrasante. Ce qui par dessus
tout fait du mal à notre industrie, ce sont les soldes de magasin,
que périodiquement nos rivaux de France et d’Angleterre envoient dans
notre pays, avec ordre de s’en défaire à tous prix. Tel tissu de coton
imprimé qui au printemps aura été vendu par eux à 3 fr. l’aune, fera
partie huit à neuf mois plus tard de ces envois de pacotille qu’on sera
content de vendre à un 1 fr. 50 et même 1 fr. 25 l’aune. Voilà donc les
cotons les plus fins et les plus chers, mis en concurrence directe
avec les articles courants du pays. Les fabricants étrangers, avant
de commencer une nouvelle campagne avec leurs dessins nouveaux, font
maison nette de ce qui leur reste en magasin; et c’est particulièrement
la Belgique qu’ils inondent, car ils ne veulent pas gâter les prix sur
leur marché principal, qu’ils se réservent à eux seuls. A tout prix ils
doivent donc exporter; et par sa situation, la Belgique est à portée de
tous.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account