Contes et légendes. 1re PartieGuerber, H. A. (Hélène Adeline)
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Contes et légendes. 1re Partie
Guerber, H. A. (Hélène Adeline)
Fairy tales -- France; French language -- Readers; Legends -- France
Il ajouta qu'il se réservait aussi le droit de couper le nez des
mécontents, en disant qu'on pourrait lui couper le sien, s'il lui
arrivait de se mettre en colère. Malgré ces conditions bizarres,
plusieurs jeunes gens entrèrent au service du fermier, mais ils
perdirent tous le nez, vu que le fermier s'amusait à les faire enrager,
et dès qu'ils se montraient mécontents, il les renvoyait après leur
avoir amputé le bout du nez.
Un jeune étudiant, nommé Coranda, arriva enfin à la ferme bien résolu
d'épouser la fille du fermier. Celui-ci lui dit qu'il serait obligé de
travailler jusqu'au moment où le coucou chanterait, mais que s'il lui
arrivait une seule fois de se fâcher il perdrait le nez.
Coranda consentit à cet arrangement, et commença son service. Le fermier
s'amusa à le tourmenter de toutes les façons possibles. A table il ne le
servit ni au dîner ni au souper. Cependant il ne manqua pas de lui
demander plusieurs fois s'il était parfaitement content.
Coranda répondit chaque fois avec une bonne humeur que rien ne pouvait
ébranler, et après souper voyant qu'il mourrait de faim s'il ne se
servait pas lui-même, il prit le plus beau jambon qui se trouvait dans
le garde-manger et une grosse miche de pain et se régala bien.
La fermière s'étant aperçue du vol, alla se plaindre à son mari. Il
pâlit de colère, et demanda à Coranda comment il avait osé se servir
lui-même.
Coranda répondit naïvement que n'ayant rien mangé de toute la journée il
avait grand'faim, et ajouta: "Mais si vous n'êtes pas content, mon
maître, vous n'avez qu'à le dire, et je partirai dès que je vous aurai
amputé le bout du nez."
Le fermier, qui n'avait aucune envie de subir cette petite opération,
déclara avec emphase, qu'il était parfaitement content, mais après cela
il n'oublia plus jamais de servir le garçon de ferme à table.
Quand vint le dimanche, le fermier annonça à Coranda qu'il comptait
aller à l'église avec sa femme et sa fille, et lui recommanda de faire
la soupe pendant leur absence. "Voilà la viande, les carottes, les
oignons, et la marmite, et vous trouverez du persil dans le jardin."
Coranda promit de faire la soupe, et de ne pas oublier le persil, et le
maître partit tout joyeux. Le garçon de ferme commença ses préparatifs
culinaires, mit la viande et les légumes dans la marmite, puis il alla
au jardin pour cueillir du persil. Là, il trouva un petit chien, le
favori du fermier, et comme cette petite bête s'appelait Persil, il la
tua et la jeta dans le pot-au-feu.
Au retour de la ville, le fermier se mit à table, et goûta la soupe.
Elle avait bien mauvais goût, et il fit la grimace. Il n'osa cependant
pas se plaindre, de peur de perdre le nez, et appela le petit chien pour
la lui faire manger.
Bien entendu le chien n'arriva pas, et quand le maître alla à sa
recherche, il trouva la peau toute ensanglantée de son pauvre favori.
"Misérable," dit-il à Coranda, "qu'avez-vous donc fait?"
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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