“Il lui restait maintenant à devenir de licencié avocat, et comme il
avait gardé un bon souvenir de la ville de Reims, il alla se faire
recevoir avocat dans cette ville. Champenois de cœur, il était heureux
de contribuer de tous ses moyens à l’honneur de son pays natal. Il
avait toujours de bonnes saillies à son service, et ne manquait pas une
occasion de citer des hommes distingués dans les lettres et les arts de
diverses époques qui appartenaient à la province de Champagne. Parmi
les contemporains, Danton pouvait du reste trouver plus d’un exemple
à l’appui de son patriotique enthousiasme: c’est ainsi qu’il parlait
souvent de quelques notabilités qu’il connaissait, tels que le savant
_Grosley_, l’avocat _Linguet_.
“De retour de Reims à Paris, Danton, après avoir achevé son stage,
s’essaya au barreau de la capitale pendant quelque temps. Chargé d’une
affaire, entre autres, pour un berger contre le seigneur de son village,
il eut l’occasion de produire, en cette circonstance, quelques-uns des
sentiments qu’il devait plus tard développer davantage sur un grand
théâtre. Il réclama avec autant de vigueur que d’adresse les principes de
l’égalité devant la loi. Il gagna sa cause devant la cour de parlement
qui, comme on se le rappelle, n’était alors composée que de nobles et
de privilégiés. Nous ne sommes encore qu’en 1785. Le factum de Danton
fut imprimé: il était concis, substantiel, énergique—nous n’avons pu
en retrouver la trace.—Cette première lutte soutenue par Danton fit
sensation au palais et valut au jeune avocat des témoignages d’estime de
Gerbier, Debonnière, Hardouin et toutes les sommités du barreau de cette
époque. Linguet, qui se connaissait en style, et qui, nous l’avons vu,
était de Reims, lui adressa à ce sujet de vifs encouragements.
“Mais les témoignages de ces hommes éminents, qui assuraient à Danton un
succès d’honneur, ne le menaient point à la fortune; il s’en éloignait
même à mesure que son talent aurait dû l’en rapprocher davantage, car
il recherchait la clientèle du pauvre autant que d’autres recherchaient
la clientèle du riche. Il pensait qu’en thèse générale le pauvre est le
plus souvent l’opprimé, qu’ainsi il a le droit de priorité à la défense.
D’après ce principe de conduite, ceux qui ont dit que Danton n’avait
point fait fortune au barreau, pouvaient ajouter qu’il ne l’y aurait
jamais faite....
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