l’on trouvait trop piquant; son âme, que l’on trouvait trop ardente; sa
voix, que l’on trouvait forte et terrible, et qu’elle trouvait douce.
“Il fallait cependant prendre des renseignements sur ce prétendant.
M. Charpentier visita particulièrement les procureurs chez qui Danton
avait travaillé, et les avocats avec lesquels il avait été en rapport au
barreau. Il n’y eut qu’une voix en sa faveur. D’après des renseignements
aussi satisfaisants, les bons parents ne s’informèrent point de sa
fortune; ils y tenaient peu, quoique en ayant eux-mêmes une assez
modeste. Pourtant, ils donnaient en mariage à leur fille une somme de
40,000 francs, ce qui était pour l’époque une dot considérable. Ils
imposaient à leur gendre une seule condition, c’est qu’il exerçât un
état; c’est qu’il fût _occupé_. La profession d’avocat au parlement était
sans doute une profession honorable et libre, mais trop libre peut-être,
et qui ne commandait pas un travail assez assidu. Danton promit de
remplir les vœux de son beau-père; il s’exprima dans des termes si
chaleureux, que le père et la mère Charpentier se mirent à aimer Danton
presque autant que leur fille.
“Des amis de Danton lui conseillèrent d’acheter une charge d’avocat aux
conseils. M. et Madame Charpentier offrirent généreusement la dot de
leur fille; mais ce n’était que 40,000 francs, et il en fallait 80,000!
Des Champenois dévoués proposèrent de compléter ce qui manquait pour le
payement de la charge.
“Ils s’en rapportaient tous à la délicatesse et à la probité de
Danton; sa bonne conduite était sa caution. Le mariage n’ayant plus de
cause de retard, les bans publiés, le consentement de sa mère arrivé
d’Arcis-sur-Aube, Georges-Jacques Danton et Gabrielle Charpentier
furent unis, et le même jour il entra, comme il le disait gaiement, _en
puissance de femme et en charge d’officier ministériel; le même jour,
mari et avocat aux conseils_.
“Les avocats aux conseils réunissaient les doubles fonctions d’avocats et
de procureurs; ayant peu de procédure à faire, ils avaient l’avantage de
rester maîtres de leurs affaires et de ne pas subir, comme les avocats
des autres cours, la loi d’un procureur préoccupé du désir d’attirer à
lui tous les bénéfices. Les fonctions des avocats aux conseils avaient
aussi quelque chose d’éminemment propre à élever l’âme des jeunes gens;
leur mission consistait souvent à redresser les torts du parlement et des
cours supérieures. Ils communiquaient journellement avec les maîtres des
requêtes, avec les conseillers d’État, avec les hommes du plus haut rang,
qui étaient obligés de recourir à leur ministère pour lutter contre les
usurpations dont ils avaient à se plaindre.
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