“Les avocats aux conseils avaient ainsi l’occasion, en discutant avec
les ministres eux-mêmes, soit pour les attaquer, soit pour les défendre,
d’apprendre à connaître les rapports des autorités entre elles, la vraie
distinction des pouvoirs, l’organisation civile dans toute son étendue,
l’ordre social dans son ensemble: c’était une excellente école pour créer
des économistes, des politiques, des législateurs.
“En exposant le rôle et la mission des avocats aux conseils, nous aurions
peut-être dû expliquer que tels étaient au moins la pensée et le droit
de l’institution. Faut-il constater maintenant ce qu’était en fait
l’institution? Sur le nombre de soixante membres composant l’honorable
confrérie, on voyait plusieurs hommes distingués qui sentaient la
dignité de leurs fonctions, traitaient leurs clients avec générosité et
délicatesse, les affaires avec science, application et courage. Mais
tous, il faut bien le dire, n’avaient pas un sentiment aussi élevé de
leurs devoirs, et il en était quelques-uns dont l’émulation consistait à
faire beaucoup de _grosses_.
“Au moment où Danton fut reçu avocat aux conseils, c’était en 1787; il
avait vingt-huit ans, sa femme en avait vingt-cinq. Dans ce moment,
l’Ordre était divisé en trois partis plus ou moins actifs.
“Les anciens voulaient créer un _syndicat_, à la tête duquel ils auraient
été tout naturellement placés.
“Les jeunes arrivants appartenaient aux idées nouvelles, et ne voulaient
être ni conduits ni éconduits.
“Un troisième parti se composait des hommes modérés et pacifiques qui,
aimant le repos avant tout, et, comme on a dit depuis, _la paix partout
et toujours_, ne voulaient se mêler à aucune action et préféraient
laisser faire le mal à leur détriment plutôt que de se mouvoir en aucun
sens et se laisser déranger même par un progrès qui leur eût été utile,
mais qui aurait pu les _désheurer_.
“On a déjà pressenti à quel parti Danton avait dû se rallier. Il ne
méconnaissait pas la discipline qui doit présider à la bonne organisation
d’une compagnie judiciaire; mais il croyait que la force et la puissance
réelles des compagnies sont dans leur indépendance, comme le talent
même des membres de ces corporations ne peut se passer de la dignité du
caractère.
“L’homme qui, en entrant dans une compagnie, dessine ses opinions avec
une énergique rudesse, peut s’attendre à rencontrer bien des luttes et
bien des hostilités.
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