Il arrive des troupes à Bayonne ainsi que des canons. Le camp
qui était à Bidard entre Bayonne et Saint-Jean de Luz a été
porté, depuis vendredi, entre Saint-Jean de Luz et Andaye.
L’armée des Pyrénées orientales qu’on espérait, au moyen des
recrutemens, mettre en état de contenir au moins l’Espagnol, a
essuyé presque consécutivement deux échecs qui compromettent la
sûreté de cette partie de la frontière. Cette défaite n’est due
qu’à la gendarmerie nationale; mais un exemple prompt et sévère
mettra un terme à cette lâcheté ou à cette trahison.
Aux Alpes nous venons d’être menacés d’une attaque très
prochaine exécutée par des forces très considérables, surtout
dans la partie du Var, débouché par lequel l’ennemi peut
menacer aussi Marseille et Toulon. Le comité de salut public
a dû prendre la seule mesure qui était en son pouvoir; il a
ordonné au général Kellerman, le seul qui eût une connaissance
suffisante des points de défense et de nos moyens militaires
dans cette partie, de s’y rendre avec la plus grande diligence,
afin de prévenir, s’il est possible, les malheurs que le
moindre retard pourrait amener. Le général de l’armée d’Italie
a paru craindre que la cour de Naples ne vienne renforcer
la coalition dans le midi. Mais le ministre des affaires
étrangères vient de communiquer des dépêches qui détruisent ces
nouvelles.
Kellerman s’est fait précéder par un courrier extraordinaire
qui a porté à ses lieutenans les ordres préparatoires des
opérations auxquelles l’ennemi peut le forcer. Ce général,
investi de votre confiance et de celle des troupes, ne pouvait
être remplacé. On vous avait annoncé d’abord qu’il se rendrait
dans la Vendée; mais les avantages remportés un instant sur
les révoltés, et la certitude de la prochaine arrivée de Biron
dans les départemens révoltés, ont du faire changer la première
destination de Kellerman. L’armée d’Italie a des subsistences
assurées pour quelque temps. On a pris des mesures pour la
mettre à l’abri de la disette.
Au Rhin, une action qui n’a servi qu’à la destruction des
hommes, sans avancer les affaires d’aucun parti, y laisse
les choses à peu près dans la même situation qu’auparavant,
avec cette différence, que le changement de général qui a
été en partie forcé, peut influer sur nos succès. Il est bon
d’observer que nos armées dans cette partie se trouvent avoir
en tête des forces les plus manœuvrières, et commandées par les
généraux les plus accrédités de l’Europe.
Nos généraux, au contraire, portés au commandement pour la
première fois, ne peuvent avoir la même habitude et les mêmes
avantages que ceux auxquels les grands mouvemens de guerre
sont familiers. Les approvisionnemens dans cette partie et les
subsistances sont bien assurés.
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