Dans le Nord, notre situation est très alarmante, et la
Convention doit connaître tous ces maux; elle a besoin d’être
instruite par le malheur, et de sentir les tristes effets de
ses divisions.
Notre armée, repoussée entre Combrai et Bouchain, quittant
son camp de Famars pour prendre plus loin celui de Coefar,
abandonnant à leurs propres forces Condé et Valenciennes,
perdant ses communications avec Douay et Lille d’un côté, et de
l’autre avec Maubeuge et le Quesnoy, est exposée à de nouveaux
revers, si la présence du général Custine, qui a dû y arriver
le 25, ne lui rend pas la discipline qui lui manque et la
confiance sans laquelle il n’est point de succès à obtenir dans
la guerre.
Si les efforts de ce général ne sont pas promptement secondés
par l’union des représentans du peuple, la Convention doit
s’attendre à tomber dans une situation plus embarrassante
qu’au moment où, pendant la dernière campagne, les esclaves
allemands entraient en Champagne, et menaçaient Paris et la
liberté. Alors d’heureux hasards, ou plutôt cette destinée
qui semble conduire la France, ont disparaître des dangers
aussi imminens; mais doit-on compter sur une nouvelle faveur
de l’aveugle fortune? ne devons-nous pas craindre une nouvelle
invasion, et pouvons-nous nous flatter que toutes nos villes
imiteront le généreux dévouement de celle de Maubeuge, qui
nous écrit le 26 de ce mois:—“Ici on bat la générale dans cet
instant: on a envoyé une partie de notre garnison dans la
Vendée; nous restons; nous déjouerons nos ennemis extérieurs et
intérieurs, ou nous mourrons libres. La ville sautera si nos
murs abattus permettent à l’ennemi de souiller notre enceinte.”
Quant aux besoins de cette armée du Nord, peut-être croira-t-on
difficilement que, malgré toutes nos dépenses, la demande
qui vient d’être faite au comité, qui a été arrêtée par le
commissaire général de l’armée du Nord, et visée par les
commissaires de la Convention, monte à la somme de 49 millions.
L’armée qui doit anéantir les révoltés s’organise; il arrive
un grand nombre de bataillons à Tours; les postes de la rive
droite de la Loire se renforcent, et l’on fait défiler des
troupes en poste. Si les rebelles menacent cette rive, ils sont
hors d’état d’exécuter ce project; leurs forces ce divisent,
mais ils rentrent dans les pays couverts. Les principaux chefs
des révoltés sont subordonnés aux prêtres; c’est une véritable
croisade; mais les habitans des campagnes commencent à se
lasser de cette horrible guerre, et murmurent.
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