Entretiens / Interviews / EntrevistasLebert, Marie
Science
Entretiens / Interviews / Entrevistas
Lebert, Marie
Internet; World Wide Web
En matière de multilinguisme sur le net, ce sont surtout les traductions d'un
code d'identification à l'autre qui règnent. C'est à dire des trucs du genre
ISAN (international standard audiovisual number), UMID (unique material
identification) et surtout DOI (digital object identifier), qui a certainement
son utilité d'identification lorsqu'on charge le dernier truc à la mode. Ce type
de vente en ligne est censé faire fonctionner le bazar, on est bien obligé de le
constater, mais le côté policier de son identification devrait s'arrêter en même
temps que la notoriété du "tube littéraire". Question de choix de société. Texte
qui devrait être ensuite échangeable sous d'autres modalités financières, avant
d'entrer dans un domaine public plus ouvert. Les modalités proposées aujourd'hui
impliquent un vecteur de transmission de la culture qui identifie un peu trop
son consommateur. Ce qui représente un danger, quand on pense à l'utilisation
qui pourrait en être faite. C'est contraire à la Convention de Genève en matière
de droit de l'homme, et même à celle de Berne, en matière de droit d'auteur. Si
le droit d'auteur est un droit de l'homme comme le proclame la fondation
Beaumarchais de la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques, ndlr),
ou plus simplement le salaire de l'auteur comme le disent les sociétés de droits
d'auteurs musicaux, il ne faudrait pas qu'il devienne un intégrisme trop
capitaliste. Comme le disait Patrick Altman dans Libération (du 6 avril 2000,
ndlr), ce système de mise au net totalement exclusive représenterait "la
première fois depuis la tradition orale, [qu']un vecteur de transmission de la
culture permet[trait] de donner sans être dessaisi de son don". Triste
constatation, non? La validation du modèle économique vaut-elle tous les
renoncements? Peut-on viser l'équilibre budgétaire sans vendre son âme? Que ne
ferait-on dire à Faust... Qu'il préfère Big Brother à Don Quichotte? Toujours
est-il que le principal reproche qu'on peut faire au système de téléchargement
d'e-book (qu'importe le logiciel), c'est qu'il faut s'identifier pour avoir
accès à la culture. Et qui pourra nous dire qui en sont les propriétaires, de ce
système, et qui en sera propriétaire demain? Celui qui utilisera de telles bases
de données à des fins commerciales ou politiques sera le "king" du siècle, et
plus s'il est assez puissant. C'est le 3è millénaire qui doit durer mille ans,
pas un autre 3è plus hypothétique, mais plus effrayant (dans ce domaine, ce
n'est pas vraiment ce que le 20è a inventé de mieux)... C'est, si on veut, un
retour à des pratiques obscurantistes plutôt sectaires que d'aucuns refuseraient
de cautionner. Quoique si on observe ce qu'il se passe dans les chats, jeux de
rôles, ou plus simplement identifications dans diverses applications, le pseudo
est roi! L'anonymat finit par supplanter l'identité, avec le cortège de
conséquence que cette formule charrie à tous niveaux... S'il est le plus souvent
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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