Las! voyez comme, en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las, ses beautez laissé cheoir!
O vrayment marastre nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir!
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse:
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.
CHANSON
Pour boire dessus l'herbe tendre
Je veux sous un laurier m'estendre.
Et veux qu'Amour d'un petit brin
Ou de lin ou de cheneviere
Trousse au flanc sa robe légère
Et my-nud me verse du vin.
L'incertaine vie de l'homme
De jour en jour se roule comme
Aux rives se roulent les flots:
Puis apres notre heure dernière
Rien de nous ne reste en la bière
Qu'une vieille carcasse d'os.
Je ne veux, selon la coustume,
Que d'encens ma tombe on parfume,
Ny qu'on y verse des odeurs :
Mais tandis que je suis en vie,
J'ai de me parfumer envie,
Et de me couronner de fleurs.
De moy-mesme je me veux faire
L'heritier pour me satisfaire :
Je ne veux vivre pour autruy.
Fol le pelican qui se blesse
Pour les siens, et fol qui se laisse
Pour les siens travailler d'ennuy.
SONNET
A HÉLÈNE
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, devisant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.
Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle
Desjà sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
Benissant vostre nom de louange immortelle.
Je seray sous la terre, et, fantosme sans os,
Par les ombres myrteux je prendray mon repos:
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain:
Cueillez des aujourd'huy les rosés de la vie.
ÉLÉGIE
Quand je suis vingt ou trente mois
Sans retourner en Vendomois,
Plein de pensées vagabondes,
Plein d'un remors et d'un souci,
Aux rochers je me plains ainsi,
Aux bois, aux antres et aux ondes:
Rochers, bien que soyez agez
De trois mil ans, vous ne changez
Jamais ny d'estat ny de forme :
Mais toujours ma jeunesse fuit,
Et la vieillesse qui me suit
De jeune en vieillard me transforme.
Bois, bien que perdiez tous les ans
En hyver vos cheveux mouvans,
L'an d'après qui se renouvelle
Renouvelle aussi vostre chef.
Mais le mien ne peut de rechef
Ravoir sa perruque nouvelle.
Antres, je me suis vu chez vous
Avoir jadis verds les genous,
Le corps habile et la main bonne:
Mais ores j'ai le corps plus dur
Et les genous, que n'est le mur
Qui froidement vous environne.
Ondes, sans fin vous promenez
Et vous menez et ramenez
Vos flots d'un cours qui ne sejourne:
Et moy sans faire long sejour,
Je m'en vais de nuict et de jour
Au lieu d'où plus on ne retourne.
DIEU VOUS GARD
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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