Dieu vous gard, messagers fidelles
Du printemps, vistes arondelles,
Huppes, coucous, rossignolets,
Tourtres, et vous oiseaux sauvages
Qui de cent sortes de ramages
Animez les bois verdelets!
Dieu vous gard, belles paquerettes.
Belles roses, belles fleurettes,
Et vous, boutons jadis cognus
Du sang d'Ajax et de Narcisse:
Et vous, thym, anis et melisse,
Vous soyez les bien revenus.
Dieu vous gard, troupe diaprée
De papillons, qui par la prée
Les douces herbes suçotez:
Et vous, nouvel essaim d'abeilles
Qui les fleurs jaunes et vermeilles
De vostre bouche baisotez!
Cent mille fois je resalue
Vostre belle et douce venue:
O que j'aime ceste saison
Et ce doux caquet des rivages,
Au prix des vents et des orages
Qui m'enfermoient en la maison.
A UN AUBESPIN
Bel aubespin verdissant,
Fleurissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vestu jusqu'au bas
Des longs bras
D'une lambrunche sauvage.
Deux camps de rouges fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche:
Dans les pertuis de ton tronc
Tout du long
Les avettes ont leur couche.
Le chantre rossignolet
Nouvelet
Courtisant sa bien aimée,
Pour ses amours alleger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.
Sur ta cyme il fait son ny
Tout uny
De mousse et de fine soye
Où ses petits esclorront,
Qui seront
De mes mains la douce proye.
Or vy, gentil aubespin,
Vy sans fin,
Vy sans que jamais tonnerre
Ou la cognée ou les vents
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.
ÉLÉGIE CONTRE LES BÛCHERONS DE LA FORÊT DE GASTINE
Escoute, bucheron, arreste un peu le bras:
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas;
Ne vois-tu pas le sang lequel degoute à force
Des nymphes qui vivoient dessous la dure escorce?
Sacrilege meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts et de detresses
Merites-tu, meschant, pour tuer nos deesses?
Forest, haute maison des oiseaux bocagers!
Plus le cerf solitaire et les chevreuls legers
Ne paistront sous ton ombre, et ta verte criniere
Plus du soleil d'esté ne rompra la lumiere.
Plus l'amoureux pasteur sus un tronq adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous perse,
Son mastin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette:
Tout deviendra muet; Echo sera sans vois;
Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois,
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue;
Tu perdras ton silence, et Satyres et Pans,
Et plus le cerf chez toy ne cachera ses fans.
Adieu, vieille forest, le jouet de Zephire,
Où premier j'accorday les langues de ma lyre,
Où premier j'entendi les flèches resonner
D'Apollon, qui me vint tout le coeur estonner;
Où premier admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jetta,
Et de son propre laict Euterpe m'allaita.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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