D'un seul point le soleil n'esloigne l'hémisphère;
Il jette moins d'ardeur, mais autant de lumiere.
Je change sans regrets, lorsque je me repens
Des frivoles amours et de leur artifice.
J'ayme l'hyver qui vient purger mon coeur de vice,
Comme de peste l'air, la terre de serpens.
Mon chef blanchit dessous les neiges entassées,
Le soleil, qui reluit, les eschauffe, glacées,
Mais ne les peut dissoudre, au plus court de ses mois.
Fondez, neiges; venez dessus mon coeur descendre,
Qu'encores il ne puisse allumer de ma cendre
Du brazier, comme il fit des flammes autrefois.
Mais quoi! serai-je esteint devant ma vie esteinte?
Ne luira plus sur moi la flamme vive et sainte,
Le zele flamboynt de la sainte maison?
Je fais aux saints autels holocaustes des restes,
De glace aux feux impurs, et de napthe aux celestes:
Clair et sacré flambeau, non funèbre tison!
Voici moins de plaisirs, mais voici moins de peines.
Le rossignol se taist, se taisent les sereines:
Nous ne voyons cueillir ni les fruits ni les fleurs;
L'espérance n'est plus bien souvent tromperesse;
L'hyver jouit de tout. Bienheureuse vieillesse,
La saison de l'usage, et non plus des labeurs!
Mais la mort n'est pas loin; cette mort est suivie
D'un vivre sans mourir, fin d'une fausse vie:
Vie de nostre vie, et mort de nostre mort.
Qui hait la seureté pour aimer le naufrage?
Qui a jamais esté si friand de voyage,
Que la longueur en soit plus douce que le port?
JEAN BERTAUT
CHANSON
Les Cieux inexorables
Me sont si rigoureux,
Que les plus miserables
Se comparans à moy se trouveraient heureux.
Je ne fais à toute heure
Que souhaiter la mort,
Dont la longue demeure
Prolonge dessus moy l'insolence du Sort.
Mon lict est de mes larmes
Trempé toutes les nuits:
Et ne peuvent ses charmes,
Lors mesme que je dors, endormir mes ennuis.
Si je fay quelque songe
J'en suis espouvanté,
Car mesme son mensonge
Exprime de mes maux la triste vérité.
Toute paix, toute joye
A pris de moy congé,
Laissant mon âme en proye
A cent mille soucis dont mon coeur est rongé.
La pitié, la justice,
La constance, et la foy,
Cédant à l'artifice,
Dedans les coeurs humains sont esteintes pour moy.
L'ingratitude paye
Ma fidelle amitié:
La calomnie essaye
A rendre mes tourments indignes de pitié.
En un cruel orage
On me laisse périr,
Et courant au naufrage
Je voy chacun me plaindre et nul me secourir.
Et ce qui rend plus dure
La misere où je vy,
C'est, es maux que j'endure,
La mémoire de l'heur que le Ciel m'a ravi.
Felicité passée
Qui ne peux revenir:
Tourment de ma pensée,
Que n'ai-je en te perdant perdu le souvenir!
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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