Adieu, vieille forest, adieu, testes sacrées,
De tableaux et de fleurs en tout temps revérées,
Maintenant le desdain des passans alterez,
Qui, bruslez en l'esté des rayons etherez,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent tes meurtriers, et leur disent injures!
Adieu, chesnes, couronne aux vaillans citoyens,
Arbres de Jupiter, germes Dordoneens,
Qui premiers aux humains donnastes à repaistre;
Peuples vrayment ingrats, qui n'ont sçeu recognoistre
Les biens reçeus de vous, peuples vrayment grossiers,
De massacrer ainsi leurs pères nourriciers!
Que l'homme est malheureux qui au monde se fie!
O dieux, que véritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu'en changeant de forme une autre vestira!
De Tempé la vallée un jour sera montagne,
Et la cyme d'Athos une large campagne:
Neptune quelquefois de blé sera couvert:
La matiere demeure et la forme se perd.
JOACHIM DU BELLAY
L'IDÉAL
Si nostre vie est moins qu'une journée
En l'éternel, si l'an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si perissable est toute chose née,
Que songes-tu, mon âme emprisonnée?
Pourquoy te plaist l'obscur de nostre jour,
Si pour voler en un plus clair séjour,
Tu as au dos l'aile bien empennée?
Là est le bien que tout esprit désire,
Là le repos où tout le monde aspire,
Là est l'amour, là le plaisir encore.
Là, ô mon ame, au plus haut ciel guidée.
Tu y pourras recognoistre l'idée
De la beauté qu'en ce monde j'adore.
L'AMOUR DU CLOCHER
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parens le reste de son âge!
Quand reverray-je, hélas! de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison,
Reverray-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage?
Plus me plaist le sejour qu'ont basty mes ayeux,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise fine;
Plus mon Loyre gaulois que le Tybre latin,
Plus mon petit Lire que le mont Palatin
Et plus que l'air marin la douceur Angevine.
D'UN VANNEUR DE BLED, AUX VENTS
A vous, trouppe legere,
Qui d'aile passagere
Par le monde volez
Et d'un sifflant murmure
L'ombrageuse verdure
Doucement esbranlez:
J'offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces merveillettes roses,
Tout freschement ecloses,
Et ces oeillets aussi.
De vostre douce haleine
Eventez ceste plaine,
Eventez ce sejour,
Ce pendant que j'ahanne
A mon blé que je vanne
A la chaleur du jour.
D'AUBIGNÉ
L'HYVER
Mes volages humeurs, plus sterilles que belles,
S'en vont; et je leur dis: Vous sentez, irondelles,
S'esloigner la chaleur et le froid arriver.
Allez nicher ailleurs, pour ne tascher, impures,
Ma couche de babil et ma table d'ordures;
Laissez dormir en paix la nuict de mon hyver.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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