Apprends que la seule sagesse
Peut faire les héros parfaits;
Qu'elle voit toute la bassesse
De ceux que ta faveur a faits;
Qu'elle n'adopte point la gloire
Qui naît d'une injuste victoire
Que le sort remporte pour eux ;
Et que, devant ses yeux stoïques,
Leurs vertus les plus héroïques
Ne sont que des crimes heureux.
Quoi! Rome et l'Italie en cendre
Me feront honorer Sylla?
J'admirerai dans Alexandre
Ce que j'abhorre en Attila?
J'appellerai vertu guerrière
Une vaillance meurtrière
Qui dans mon sang trempe ses mains;
Et je pourrai forcer ma bouche
A louer un héros farouche,
Né pour le malheur des humains?
Quels traits me présentent vos fastes,
Impitoyables conquérants!
Des voeux outrés, des projets vastes,
Des rois vaincus par des tyrans;
Des murs que la flamme ravage,
Des vainqueurs fumants de carnage,
Un peuple au fer abandonné;
Des mères pâles et sanglantes,
Arrachant leurs filles tremblantes
Des bras d'un soldat effréné.
Juges insensés que nous sommes,
Nous admirons de tels exploits!
Est-ce donc le malheur des hommes
Qui fait la vertu des grands rois?
Leur gloire, féconde en ruines,
Sans le meurtre et sans les rapines
Ne saurait-elle subsister?
Images des Dieux sur la terre,
Est-ce par des coups de tonnerre
Que leur grandeur doit éclater?
Montrez-nous, guerriers magnanimes,
Votre vertu dans tout son jour,
Voyons comment vos coeurs sublimes
Du sort soutiendront le retour.
Tant que sa faveur vous seconde,
Vous êtes les maîtres du monde,
Votre gloire nous éblouit;
Mais au moindre revers funeste,
Le masque tombe, l'homme reste,
Et le héros s'évanouit.
PARNY
SUR LA MORT D'UNE JEUNE FILLE
Son âge échappait à l'enfance;
Riante comme l'innocence,
Elle avait les traits de l'Amour.
Quelques mois, quelques jours encore,
Dans ce coeur pur et sans détour
Le sentiment allait éclore.
Mais le ciel avait au trépas
Condamné ses jeunes appas;
Au ciel elle a rendu sa vie,
Et doucement s'est endormie,
Sans murmurer contre ses lois.
Ainsi le sourire s'efface;
Ainsi meurt sans laisser de trace
Le chant d'un oiseau dans les bois.
GILBERT
ADIEUX A LA VIE
J'ai révélé mon coeur au Dieu de l'innocence;
Il a vu mes pleurs pénitents:
Il guérit mes remords, il m'arme de constance;
Les malheureux sont ses enfants.
Mes ennemis, riant, ont dit dans leur colère:
Qu'il meure et sa gloire avec lui!
Mais à mon coeur calmé le Seigneur dit en père:
Leur haine sera ton appui.
A tes plus chers amis ils ont prêté leur rage:
Tout trompe ta simplicité:
Celui que tu nourris court vendre ton image
Noire de sa méchanceté.
Mais Dieu t'entend gémir; Dieu, vers qui te ramène
Un vrai remords né des douleurs;
Dieu qui pardonne, enfin, à la nature humaine
D'être faible dans les malheurs.
"J'éveillerai pour toi la pitié, la justice
De l'incorruptible avenir.
Eux-même épureront, par un long artifice,
Ton honneur qu'ils pensent ternir."
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account