Elle a dormi quinze ans dans sa couche d'argile,
Et rien ne pleure plus sur son dernier asile;
Et le rapide oubli, second linceul des morts,
A couvert le sentier qui menait vers ces bords.
Nul ne visite plus cette pierre effacée,
Nul n'y songe et n'y prie.... excepté ma pensée,
Quand, remontant le flot de mes jours révolus,
Je demande à mon coeur tous ceux qui n'y sont plus,
Et que, les yeux flottants sur de chères empreintes,
Je pleure dans mon ciel tant d'étoiles éteintes!
Elle fut la première, et sa douce lueur
D'un jour pieux et tendre éclaire encor mon coeur.
Mais pourquoi n'entraîner vers ces scènes passées?
Laissons le vent gémir et le flot murmurer.
Revenez, revenez, ô mes tristes pensées!
Je veux rêver, et non pleurer.
Un arbuste épineux, à la pâle verdure,
Est le seul monument que lui fit la nature:
Battu des vents de mer, du soleil calciné,
Comme un regret funèbre au coeur enraciné,
Il vit dans le rocher sans lui donner d'ombrage;
La poudre du chemin y blanchit son feuillage;
Il rampe près de terre, où ses rameaux penchés
Par la dent des chevreaux sont toujours retranchés;
Une fleur, au printemps, comme un flocon de neige,
Y flotte un jour ou deux; mais le vent qui l'assiège
L'effeuille avant qu'elle ait répandu son odeur,
Comme la vie, avant qu'elle ait charmé le coeur!
Un oiseau de tendresse et de mélancolie
S'y pose pour chanter sur le rameau qui plie.
Oh, dis! fleur que la vie a fait si tôt flétrir!
N'est-il pas une terre où tout doit refleurir?
Remontez, remontez à ces heures passées!
Vos tristes souvenirs m'aident à soupirer.
Allez où va mon âme, allez, ô mes pensées!
Mon coeur est plein, je veux pleurer.
STANCES
Et j'ai dit dans mon coeur: Que faire de la vie?
Irai-je encor, suivant ceux qui m'ont devancé,
Comme l'agneau qui passe, où sa mère a passé,
Imiter des mortels l'immortelle folie?
L'un cherche sur les mers les trésors de Memnon,
Et la vague engloutit ses voeux et son navire;
Dans le sein de la gloire où son génie aspire,
L'autre meurt enivré par l'écho d'un vain nom.
Avec nos passions formant sa vaste trame,
Celui-là fonde un trône, et monte pour tomber;
Dans des pièges plus doux aimant à succomber,
Celui-ci lit son sort dans les yeux d'une femme.
Le paresseux s'endort dans les bras de la faim;
Le laboureur conduit sa fertile charrue;
Le savant pense et lit; le guerrier frappe et tue;
Le mendiant s'assied sur le bord du chemin.
Où vont-ils cependant? Ils vont où va la feuille
Que chasse devant lui le souffle des hivers.
Ainsi vont se flétrir dans leurs travaux divers
Ces générations que le temps sème et cueille.
Ils luttaient contre lui, mais le temps a vaincu:
Comme un fleuve engloutit le sable de ses rives,
Je l'ai vu dévorer leurs ombres fugitives,
Ils sont nés, ils sont morts: Seigneur, ont-ils vécu?
Pour moi, je chanterai le Maître que j'adore,
Dans le bruit des cités, dans la paix des déserts,
Couché sur le rivage, ou flottant sur les mers,
Au déclin du soleil, au réveil de l'aurore.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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