Il y aura dans tous les offices de journaux des halls énormes, des
_spoking-halls_ où les rédacteurs enregistreront à haute voix les
nouvelles reçues; les dépêches arrivées téléphoniquement se trouveront
immédiatement inscrites par un ingénieux appareil établi dans le
récepteur de l’acoustique. Les cylindres obtenus seront clichés à grand
nombre et mis à la poste en petites boîtes avant trois heures du matin,
à moins que, par suite d’une
[Illustration]
entente avec la compagnie des téléphones, l’audition du journal ne
puisse être portée à domicile par les fils particuliers des abonnés,
ainsi que cela se pratique déjà pour les théâtrophones. »
[Illustration]
William Blackcross, l’aimable critique et esthète qui jusque-là avait
bien voulu prêter attention à mon fantaisiste bavardage sans
m’interrompre, jugea le moment opportun de m’interroger: «Permettez-moi
de vous demander, dit-il, comment vous remplacerez l’illustration des
livres? L’homme, qui est un éternel grand enfant, réclamera toujours
des images et aimera à voir la représentation des choses qu’il imagine
ou qu’on lui raconte.
— Votre objection, repris-je, ne me démonte pas; l’illustration sera
abondante et réaliste; elle pourra satisfaire les plus exigeants. Vous
ignorez peut-être la grande découverte de demain, celle qui bientôt
nous stupéfiera. Je veux parler du KINÉTOGRAPHE de Thomas Édison, dont
j’ai pu voir les premiers essais à Orange-Park dans une récente visite
faite au grand électricien près de New-Jersey.
« Le KINÉTOGRAPHE enregistrera le mouvement de l’homme et le reproduira
exactement comme le phonographe enregistre et reproduit sa voix. D’ici
cinq ou six ans, vous apprécierez cette merveille basée sur la
composition des gestes par la photographie instantanée; le kinétographe
[Illustration]
sera donc l’illustrateur de la vie quotidienne. Non seulement nous le
verrons fonctionner dans sa boîte, mais, par un système de glaces et de
réflecteurs, toutes les figures actives qu’il représentera en
photo-chromos pourront être projetées dans nos demeures sur de grands
tableaux blancs. Les scènes des ouvrages fictifs et des romans
d’aventures seront mimées par des figurants bien costumés et aussitôt
reproduites; nous aurons également, comme complément au journal
phonographique, les illustrations de chaque jour, des Tranches de vie
active, comme nous disons aujourd’hui, fraîchement découpées dans
l’actualité. On verra les pièces nouvelles, le théâtre et les acteurs
aussi facilement qu’on les entend déjà chez soi; on aura le portrait
et, mieux encore, la physionomie mouvante des hommes célèbres, des
criminels, des jolies femmes; ce ne sera pas de l’art, il est vrai,
mais au moins ce sera la vie elle-même, naturelle, sans maquillage,
nette, précise et le plus souvent même cruelle.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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