Nous nous étions rencontrés, ce soir-là, — qui se trouvait être un des
vendredis scientifiques de la Royale Institution, — à la conférence de
sir William Thompson, l’éminent physicien anglais, professeur à
l’Université de Glascow, dont le nom est connu des deux mondes depuis
la part qu’il prit à la pose du premier câble transatlantique.
Devant un auditoire brillant de savants et de gens du monde, sir
William Thompson avait annoncé que mathématiquement la fin du globe
terrestre et de la race humaine devait se produire au juste dans dix
millions d’années.
[Illustration]
Se basant sur les théories de Helmholtz que le soleil est une vaste
sphère en train de se refroidir, c’est-à-dire de se contracter par
l’effet de la gravité sur la masse à mesure que ce refroidissement se
produit, sir William, après avoir estimé la chaleur solaire à celle qui
serait nécessaire pour développer une force de 476,000 millions de
chevaux-vapeur par mètre carré superficiel de sa photosphère, avait
établi que le rayon de la photosphère se raccourcit d’un centième
environ en 2,000 ans et que l’on pouvait fixer l’heure précise où la
température deviendrait insuffisante pour entretenir la vie sur notre
planète.
Le maître physicien nous avait non moins surpris en abordant la
question de l’ancienneté de la terre, dont il développait la thèse
ainsi qu’un problème de mécanique pure; il ne lui attribuait point un
passé supérieur à une vingtaine de millions d’années, en dépit des
géologues et des naturalistes, et il montrait la vie venant à la terre
dès la naissance du soleil, quelle qu’ait été l’origine de cet astre
fécondant, soit par le résultat de l’éclatement d’un monde préexistant,
soit par celui de la con-densation de nébuleuses antérieurement
diffuses.
Nous étions sortis de la Royale Institution très émus par les grands
problèmes que le savant professeur de Glascow s’était efforcé de
résoudre scientifiquement devant son auditoire, et, l’esprit endolori,
presque écrasé par l’énormité des chiffres avec lesquels sir William
Thompson avait jonglé, nous revenions, silencieux, en un groupe de huit
personnages différents, philologues, historiens, journalistes,
statisticiens et simples curieux mondains, marchant deux par deux, le
long d’Albemarle street et de Piccadilly.
L’un de nous, Edward Lembroke, nous entraîna à souper au _Junior
Athenaeum Club_ et, dès que le champagne eut dégourdi les cerveaux
songeurs, ce fut à qui parlerait de la conférence de sir William
Thompson et des destinées futures de l’humanité.
[Illustration]
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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