Des porches de l'abîme, antres hideux, cavernes
Que nous nommons enfers, puits, gehennams, avernes,
Bouches d'obscurité qui ne prononcent rien;
Du vide où ne flottait nul souffle aérien;
Du silence où l'haleine osait à peine éclore,
Ceci se dégageait pour l'âme: Pas encore.
Par instants, dans ce lieu triste comme le soir,
Comme on entend le bruit de quelqu'un qui vient voir,
On entendait le pas boiteux de la justice;
Puis cela s'effaçait. Des vermines, le vice,
Le crime, s'approchaient; et, fourmillement noir,
Fuyaient. Le clairon sombre ouvrait son entonnoir.
Un groupe d'ouragans dormait dans ce cratère,
Comme cet organum des gouffres doit se taire
Jusqu'au jour monstrueux où nous écarterons
Les clous de notre bière au-dessus de nos fronts,
Nul bras ne le touchait dans l'invisible sphère;
Chaque race avait fait sa couche de poussière
Dans l'orbe sépulcral de son évasement;
Sur cette poudre l'oeil lisait confusément
Ce mot: RIEZ, écrit par le doigt d'Épicure;
Et l'on voyait, au fond de la rondeur obscure,
La toile d'araignée horrible de Satan.
Des astres qui passaient murmuraient: 'Souviens-t'en!
Prie!' et la nuit portait cette parole à l'ombre.
Et je ne sentais plus ni le temps ni le nombre.
Une sinistre main sortait de l'infini.
Vers la trompette, effroi de tout crime impuni,
Qui doit faire à la mort un jour lever la tête,
Elle pendait énorme, ouverte, et comme prête
A saisir ce clairon qui se tait dans la nuit,
Et qu'emplit le sommeil formidable du bruit.
La main, dans la nuée et hors de l'Invisible,
S'allongeait A quel être était-elle? Impossible
De le dire, en ce morne et brumeux firmament.
L'oeil dans l'obscurité ne voyait clairement
Que les cinq doigts béants de cette main terrible;
Tant l'être, quel qu'il fût, debout dans l'ombre horrible,
--Sans doute, quelque archange ou quelque séraphin
Immobile, attendant le signe de la fin,--
Plongeait profondément, sous les ténébreux voiles,
Du pied dans les enfers, du front dans les étoiles!
FIN
NOTES
LA CONSCIENCE.
It has been thought that the subject of this poem was suggested to
Victor Hugo by a passage in _Les tragiques_, a satirical poem in
seven books, depicting the misfortunes and vices of France, written
by Théodore Agrippa D'Aubigné (1551-1630), whom Sainte-Beuve calls
the Juvenal of the sixteenth century. The passage relating to Cain
occurs in the sixth book, called _Les Vengeances_. The following
extracts indicate the spirit in which the author dealt with his
theme.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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