Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant) — John Shaqi
Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Ce n’était pas seulement ma blouse qui me distinguait des autres enfants.
Les autres avaient de beaux cartables en cuir jaune, des encriers de
buis qui sentaient bon, des cahiers cartonnés, des livres neufs avec
beaucoup de notes dans le bas; moi, mes livres étaient de vieux bouquins
achetés sur les quais, moisis, fanés, sentant le rance; les couvertures
étaient toujours en lambeaux, quelquefois il manquait des pages. Jacques
faisait bien de son mieux pour me les relier avec du gros carton et de
la colle forte; mais il mettait toujours trop de colle, et cela puait.
Il m’avait fait aussi un cartable avec une infinité de poches, très
commode, mais toujours trop de colle. Le besoin de coller et de cartonner
était devenu chez Jacques une manie comme le besoin de pleurer. Il avait
constamment devant le feu un tas de petits pots de colle et, dès qu’il
pouvait s’échapper du magasin un moment, il collait, reliait, cartonnait.
Le reste du [18] temps, il portait des paquets en ville, écrivait
sous la dictée, allait aux provisions,—le commerce enfin.
Quant à moi, j’avais compris que, lorsqu’on est boursier, qu’on porte
une blouse, qu’on s’appelle “le petit Chose”, il faut travailler deux
fois plus que les autres pour être leur égal, et ma foi! le petit Chose
se mit à travailler de tout son courage.
Brave petit Chose! Je le vois, en hiver, dans sa chambre sans feu,
assis à sa table de travail, les jambes enveloppées d’une couverture.
Au dehors le givre fouettait les vitres. Dans le magasin, on entendait
M. Eyssette qui dictait.
— J’ai reçu votre honorée du 8 courant.
Et la voix pleurarde de Jacques qui reprenait:
— J’ai reçu votre honorée du 8 courant.
De temps en temps la porte de la chambre s’ouvrait doucement:
c’était Mme Eyssette qui entrait. Elle s’approchait du petit
Chose sur la pointe des pieds. Chut!…
— Tu travailles? lui disait-elle tout bas.
— Oui, mère.
— Tu n’as pas froid?
— Oh! non!
Le petit Chose mentait, il avait bien froid, au contraire.
Alors, Mme Eyssette s’asseyait auprès de lui, avec son tricot,
et restait là de longues heures, comptant ses mailles à voix basse,
avec un gros soupir de temps en temps.
Pauvre Mme Eyssette! Elle y pensait toujours, à ce cher pays
qu’elle n’espérait plus revoir.… Hélas! [19] pour son malheur,
pour notre malheur à tous, elle allait le revoir bientôt..
[Le Petit Chose, returning home from school one day, learns from
M. Eyssette that his mother and Jacques have gone to see his clergyman
brother who is dangerously ill. In the evening a telegram, “Il est mort,
priez pour lui,” arrives. Both farther and son are broken-hearted, and
console each other in the terrible loss that has overtaken the family.]
III
LE CAHIER ROUGE
Il y avait déjà quelque temps que notre cher abbé était mort,
lorsqu’un soir, à l’heure de nous coucher, je fus très étonné de
voir Jacques fermer notre chambre à double tour, et venir vers moi,
d’un grand air de solennité et de mystère.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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