Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
General
Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Il s’agissait cependant de découvrir un gîte pour la nuit; ce n’était
pas une mince affaire. Heureusement l’homme aux moustaches, que je
trouvai fumant sa pipe devant la loge du portier, se mit tout de suite
à ma disposition et me proposa de me conduire dans un bon petit hôtel
point trop cher, où je serais servi comme un prince. Vous pensez si
j’acceptai de bon cœur.
Cet homme à moustaches avait l’air très bon enfant; chemin faisant,
j’appris qu’il s’appelait Roger, qu’il était professeur de danse,
d’équitation, d’escrime et de [36] gymnase au collège de Sarlande,
et qu’il avait servi longtemps dans les chasseurs d’Afrique.
Ceci acheva de me le rendre sympathique. Les enfants sont toujours portés
à aimer les soldats. Nous nous séparâmes à la porte de l’hôtel avec force
poignées de main, et la promesse formelle de devenir une paire d’amis.
Et maintenant, lecteur, un aveu me reste à te faire.
Quand le petit Chose se trouva seul dans cette chambre froide,
devant ce lit d’auberge inconnu et banal, loin de ceux qu’il aimait,
son cœur éclata, et ce grand philosophe pleura comme un enfant.
La vie l’épouvantait à présent; il se sentait faible et désarmé devant
elle, et il pleurait, il pleurait.… Tout à coup, au milieu de ses
larmes, l’image des siens passa devant ses yeux; il vit la maison déserte,
la famille dispersée, la mère ici, le père là-bas.… Plus de toit!
plus de foyer! et alors, oubliant sa propre détresse pour ne songer qu’a
la misère commune, le petit Chose prit une grande et belle résolution:
celle de reconstituer la maison Eyssette et de reconstruire le foyer à lui
tout seul. Puis, fier d’avoir trouvé ce noble but à sa vie, il essuya ces
larmes indignes d’un homme, d’un reconstructeur de foyer, et sans perdre
une minute entama la lecture du règlement de M. Viot, pour se mettre au
courant de ses nouveaux devoirs.
Ce règlement, recopié avec amour de la propre main de M. Viot, son auteur,
était un véritable traité, divisé méthodiquement en trois parties:
1° Devoirs du maître d’étude envers ses supérieurs;
2° Devoirs du maître d’étude envers ses collèges;
[37]
3° Devoirs du maître d’étude envers les élèves.
Tous les cas y étaient prévus, depuis le carreau brisé jusqu’aux
deux mains qui se lèvent en même temps à l’étude; tous les détails
de la vie des maîtres y étaient consignés, depuis le chiffre de leurs
appointements jusqu’à la demi-bouteille de vin à laquelle ils avaient
droit à chaque repas.
Le règlement se terminait par une belle pièce d’éloquence, un discours
sur l’utilité du règlement lui-même; mais, malgré son respect pour
l’œuvre de M. Viot, le petit Chose n’eut pas la force d’aller jusqu’au
bout, et,—juste au plus beau passage du discours,—il s’endormit.…
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account