Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Ah! s’il avait eu affaire à un homme, c’est lui, M. de Boucoyran le père,
qui se serait chargé de venger son enfant! Mais On n’était qu’un galopin
dont il avait pitié. Seulement qu’On se le tint pour dit: si jamais On
touchait encore à un cheveu de son fils, On se ferait couper les deux
oreilles tout net.…
Pendant ce beau discours les élèves riaient sous cape, et les clefs de
M. Viot frétillaient de plaisir. Debout dans sa chaire, pâle de rage,
le pauvre On écoutait toutes ces injures, dévorait toutes ces humiliations
et se gardait bien de répondre. Si On avait répondu, On aurait été chassé
du collège; et alors où aller?
[70]
Enfin, au bout d’une heure, quand ils furent à sec d’éloquence,
ces trois messieurs se retirement. Derrière eux il se fit dans l’étude un
grand brouhaha. J’essayai, mais vainement, d’obtenir un peu de silence;
les enfants me riaient au nez. L’affaire Boucoyran avait achevé de tuer
mon autorité.
Oh! ce fut une terrible affaire!
Toute la ville s’en émut.… Au Petit-Cercle, au Grand-Cercle,
dans les cafés, à la musique, on ne parlait pas d’autre chose.
Les gens bien informés donnaient des détails à faire dresser les cheveux.
Il parait que ce maître d’étude était un monstre, un ogre.
Il avait torturé l’enfant avec des raffinements inouïs de cruauté.
En parlant de lui on ne disait plus que “le bourreau”.
Quand le jeune Boucoyran s’ennuya de rester au lit, ses parents
l’installèrent sur une chaise longue, au plus bel endroit de leur salon,
et pendant huit jours ce fut à travers ce salon une procession
interminable. L’intéressante victime était l’objet de toutes les
attentions.
Vingt fois de suite on lui faisait raconter son histoire, et à chaque fois
le misérable inventait quelque nouveau détail. Les mères frémissaient;
les vieilles demoiselles l’appelaient “pauvre ange”! et lui glissaient
des bonbons. Le journal de l’opposition profita de l’aventure et
fulmina contre le collège un article terrible au profit d’un
établissement religieux des environs.…
Le principal était furieux, et, s’il ne me renvoya pas, je ne le dus
qu’à la protection du recteur.… Hélas! il eût mieux valu pour moi
être renvoyé tout de suite. [71] Ma vie dans le collège était devenue
impossible. Les enfants ne m’écoutaient plus; au moindre mot, ils me
menaçaient de faire comme Boucoyran, d’aller se plaindre à leur père.
Je finis par ne plus m’occuper d’eux.
[In the terrible winter that followed, Le Petit Chose frequented
a good deal the Café Barbette. He took fencing lessons from Roger,
who told him in confidence that he was deeply in love with a young lady,
and asked him to write love-letters for him.]
IX
MON BON AMI LE MAÎTRE D’ARMES
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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