Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Ces réflexions, qui me venaient un peu tard, me troublèrent dans mon
triomphe. J’eus peur à mon tour. Je me disais: “C’est sûr, le marquis
est allé se plaindre.” Et d’une minute à l’autre je m’attendais à
voir entrer le principal. Je tremblai jusqu’à la fin de l’étude;
pourtant personne ne vint.
A la récréation je fus très étonné de voir Boucoyran rire et jouer
avec les autres. Cela me rassura un peu; et, comme toute la journée
se passa sans encombres, je [68] m’imaginai que mon drôle se tiendrait
coi et que j’en serais quitte pour la peur.
Par malheur le jeudi suivant était jour de sortie. Le soir M. le marquis
ne rentra pas au dortoir. J’eus comme un pressentiment, et je ne dormis
pas de toute la nuit.
Le lendemain, à la première étude, les élèves chuchotaient en regardant la
place de Boucoyran qui restait vide. Sans en avoir l’air, je mourais
d’inquiétude.
Vers les sept heures, la porte s’ouvrit d’un coup sec. Tous les enfants
se levèrent.
J’étais perdu.…
Le principal entra le premier, puis M. Viot derrière lui, puis enfin un
grand vieux boutonné jusqu’au menton dans une longue redingote, et cravaté
d’un col de crin haut de quatre doigts. Celui-là, je ne le connaissais
pas, mais je compris tout de suite que c’était M. de Boucoyran le père.
Il tortillait sa longue moustache et bougonnait entre ses dents.
Je n’eus pas même le courage de descendre de ma chaire pour faire
honneur à ces messieurs; eux non plus, en entrant, ne me saluèrent pas.
Ils prirent position tous les trois au milieu de l’étude, et,
jusqu’à leur sortie, ne regardèrent pas une seule fois de mon côté.
Ce fut le principal qui ouvrit le feu.
— Messieurs, dit-il en s’adressant aux élèves, nous venons ici remplir
une mission pénible, très pénible. Un de vos maîtres s’est rendu coupable
d’une faute si grave qu’il est de notre devoir de lui infliger un blâme
public.
[69]
Là-dessus le voilà parti à m’infliger un blâme qui dura au moins
un grand quart d’heure. Tous les faits dénaturé: le marquis était le
meilleur élève du collège; je l’avais brutalisé sans raison, sans excuse.
Enfin j’avais manqué à tous mes devoirs.
Que répondre à ces accusations?
De temps en temps j’essayais de me défendre. “Pardon, monsieur le
principal!…” Mais le principal ne m’écoutait pas, et il m’infligea son
blâme jusqu’au bout.
Apres lui M. de Boucoyran, le père, prit la parole, et de quelle façon!…
Un véritable réquisitoire. Malheureux père! On lui avait presque
assassiné son enfant. Sur ce pauvre petit être sans défense on
s’était rué comme…comme…comment dirait-il?… comme un buffle,
comme un buffle sauvage. L’enfant gardait le lit depuis deux jours.
Depuis deux jours sa mère, en larmes, le veillait.…
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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