Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Une visite de M. le sous-préfet présageait évidemment quelque chose
d’extraordinaire. Il venait à peine au collège de Sarlande une ou deux
fois chaque année, et c’était alors comme un événement. Mais pour le
quart d’heure ce qui m’intéressait avant tout, ce qui me tenait à cœur
plus que le sous-préfet de Sarlande et plus que Sarlande tout entier,
c’était la lettre de mon frère Jacques. Aussi, tandis que les élèves, mis
en gaieté, se culbutaient devant les fenêtres pour voir M. le sous-préfet
descendre de voiture, je retournai dans mon coin, et je me remis à lire.
“Tu sauras, mon bon Daniel, que notre père est en Bretagne, où il
fait le commerce du cidre pour le compte d’une compagnie. En apprenant
que j’étais le secrétaire du marquis, il a voulu que je place quelques
tonneaux de cidre chez lui. Par malheur le marquis ne boit que du vin,
et du vin d’Espagne, encore! J’ai [74] écrit cela au père;
sais-tu ce qu’il m’a répondu:—Jacques, tu es un âne! — comme toujours.
Mais c’est égal, mon cher Daniel, je crois qu’au fond il m’aime beaucoup.
“Quant à maman, tu sais qu’elle est seule maintenant. Tu devrais
bien lui écrire, elle se plaint de ton silence.
“J’avais oublié de te dire une chose qui, certainement, te fera le plus
grand plaisir: j’ai ma chambre au Quartier latin … au Quartier latin!
pense un peu!… une vraie chambre de poète, comme dans les romans, avec
une petite fenêtre et des toits à perte de vue. Le lit n’est pas large,
mais nous y tiendrons deux au besoin; et puis, il y a dans un coin une
table de travail où on serait très bien pour faire des vers.
“Je suis sûr que, si tu voyais cela, tu voudrais venir me trouver au
plus vite; moi aussi je te voudrais près de moi, et je ne te dis pas que
quelque jour je ne te ferai pas signe de venir.
“En attendant, aime-moi toujours bien et ne travaille pas trop dans
ton collège, de peur de tomber malade.
“Je t’embrasse. Ton frère,
JACQUES.”
A ce moment la cloche sonna. Mes élèves se mirent en rang,
ils causaient beaucoup du sous-préfet et se montraient en passant
sa voiture stationnant devant la porte. Je les remis entre les
mains des professeurs; puis, une fois débarrassé d’eux, je m’élançai
en courant dans l’escalier. Il me tardait [75] tant d’être seul dans
ma chambre avec la lettre de mon frère Jacques!
— Monsieur Daniel, on vous attend chez le principal.
Chez le principal!… Que pouvait avoir à me dire le principal?…
Le portier me regardait avec un drôle d’air. Tout à coup l’idée du
sous-préfet me revint.
— Est-ce que M. le sous-préfet est là-haut? demandai-je.
Et le cœur palpitant d’espoir je me mis à gravir les degrés de
l’escalier quatre à quatre.
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant) — John Shaqi
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