Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant) — John Shaqi
Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
General
Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Il y a des jours où l’on est comme fou. En apprenant que le sous-préfet
m’attendait, savez-vous ce que j’imaginai? Je m’imaginai qu’il avait
remarqué ma bonne mine à la distribution, et qu’il venait au collège tout
exprès pour m’offrir d’être son secrétaire. Cela me paraissait la chose la
plus naturelle du monde. La lettre de Jacques avec ses histoires de vieux
marquis m’avait troublé la cervelle, à coup sur.
Quoi qu’il en soit, à mesure que je montais l’escalier, ma certitude
devenait plus grande: secrétaire du sous-préfet; je ne me sentais pas de
joie.…
En tournant le corridor, je rencontrai Roger. Il était très pâle;
il me regarda comme s’il voulait me parler; mais je ne m’arrêtai pas:
le sous-préfet n’avait pas le temps d’attendre.
Quand j’arrivai devant le cabinet du principal, le cœur me battait bien
fort, je vous jure. Secrétaire de M. le sous-préfet! Il fallut m’arrêter
un instant pour reprendre haleine; je rajustai ma cravate, je donnai
avec mes doigts un petit tour à mes cheveux et je tournai le bouton de la
porte doucement.
[76]
Si j’avais su ce qui m’attendait!
M. le sous-préfet était debout, appuyé négligemment au marbre de la
cheminée et souriant dans ses favoris blonds. M. le principal, en robe
de chambre, se tenait près de lui humblement, son bonnet de velours
à la main, et M. Viot, appelé en hâte, se dissimulait dans un coin.
Dès que j’entrai, le sous-préfet prit la parole.
— C’est donc Monsieur, dit-il en me désignant, qui s’amuse à écrire à
nos femmes de chambre?
Il avait prononcé cette phrase d’une voix claire, ironique et sans cesser
de sourire. Je crus d’abord qu’il voulait plaisanter et je ne répondis
rien, mais le sous-préfet ne plaisantait pas; après un moment de silence,
il reprit en souriant toujours:
— N’est-ce pas à monsieur Daniel Eyssette que j’ai l’honneur de parler,
à monsieur Daniel Eyssette qui a écrit à la femme de chambre de ma femme?
Je ne savais de quoi il s’agissait; mais en entendant ce mot de femme
de chambre, qu’on me jetait ainsi à la figure pour la seconde fois,
je me sentis rouge de honte, et ce fut avec une véritable indignation
que je m’écriai:
— Une femme de chambre, moi!…
A cette réponse, je vis un éclair de mépris jaillir des lunettes
du principal, et j’entendis les clefs murmurer dans leur coin:
“Quelle effronterie!”
Le sous-préfet, lui, ne cessait pas de sourire; il prit sur la tablette de
la cheminée un petit paquet de papiers que je n’avais pas aperçus d’abord,
puis se tournant vers moi et les agitant négligemment:
— Monsieur, dit-il, voici des témoignages fort [77] graves qui
vous accusent. Ce sont des lettres qu’on a surprises chez la demoiselle
en question. Elles ne sont pas signées, il est vrai, et, d’un autre côté,
la femme de chambre n’a voulu nommer personne. Seulement dans ces
lettres il est souvent parlé du collège, et, malheureusement pour vous,
M. Viot a reconnu votre écriture et votre style.…
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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