Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Comme une corde de violon ou une touche de clavecin frémit et rend
un son, les cordes du cerveau, frappées par les rayons sonores, ont
été excitées à rendre ou à redire les mots qui les touchaient. Mais
comme telle est la construction de ce viscère, que dès qu'une fois
les yeux bien formés pour l'optique ont reçu la peinture des objets,
le cerveau ne peut pas ne pas voir leurs images et leurs différences:
de même, lorsque les signes de ces différences ont été marqués, ou
gravés dans le cerveau, l'âme en a nécessairement examiné les rapports;
examen qui lui était impossible sans la découverte des signes, ou
l'invention des langues. Dans ces temps, où l'univers était presque
muet, l'âme était à l'égard de tous les objets, comme un homme qui,
sans avoir aucune idée des proportions, regarderait un tableau, ou
une pièce de sculpture: il n'y pourrait rien distinguer; ou comme
un petit enfant (car alors l'âme était dans son enfance) qui, tenant
dans sa main un certain nombre de petits brins de paille ou de bois,
les voit en général d'une vue vague et superficielle, sans pouvoir les
compter ni les distinguer. Mais qu'on mette une espèce de pavillon,
ou d'étendard, à cette pièce de bois, par exemple, qu'on appelle mât,
qu'on en mette un autre à un autre pareil corps; que le premier venu
se nombre par le signe 1 et le second par le signe ou chiffre 2; alors
cet enfant pourra les compter, et ainsi de suite il apprendra toute
l'arithmétique. Dès qu'une figure lui paraîtra égale à une autre par
son signe numératif, il conclûra sans peine que ce sont deux corps
différents; que 1 et 1 font deux, que 2 et 2 font 4, [5] etc.
C'est cette similitude réelle, ou apparente, des figures, qui est la
base fondamentale de toutes les vérités et de toutes nos connaissances,
parmi lesquelles il est évident que celles dont les signes sont moins
simples et moins sensibles sont plus difficiles à apprendre que les
autres, en ce qu'elles demandent plus de génie pour embrasser et
combiner cette immense quantité de mots par lesquels les sciences
dont je parle expriment les vérités de leur ressort: tandis que les
sciences qui s'annoncent par des chiffres, ou autres petits signes,
s'apprennent facilement; et c'est sans doute cette facilité qui a
fait la fortune des calculs algébriques, plus encore que leur évidence.
Tout ce savoir dont le vent enfle le ballon du cerveau de nos pédants
orgueilleux, n'est donc qu'un vaste amas de mots et de figures,
qui forment dans la tête toutes les traces par lesquelles nous
distinguons et nous nous rappellons les objets. Toutes nos idées se
réveillent, comme un jardinier qui connaît les plantes se souvient
de toutes leurs phases à leur aspect. Ces mots et ces figures qui
sont désignés par eux, sont tellements liés ensemble dans le cerveau,
qu'il est assez rare qu'on imagine une chose sans le nom ou le signe
qui lui est attaché.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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