Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Je me sers toujours du mot imaginer, parceque je crois que tout
s'imagine, et que toutes les parties de l'âme peuvent être justement
réduites à la seule imagination, qui les forme toutes; et qu'ainsi
le jugement, le raisonnement, la mémoire ne sont que des parties de
l'âme nullement absolues, mais de véritables modifications de cette
espèce de toile médullaire, sur laquelle les objets peints dans l'oeil
sont renvoyés, comme d'une lanterne magique.
Mais si tel est ce merveilleux et incompréhensible résultat de
l'organisation du cerveau; si tout se conçoit par l'imagination,
si tout s'explique par elle; pourquoi diviser le principe sensitif
qui pense dans l'homme? N'est-ce pas une contradiction manifeste
dans les partisans de la simplicité de l'esprit? Car une chose
qu'on divise ne peut plus être, sans absurdité, regardée comme
indivisible. Voilà où conduit l'abus des langues, et l'usage de ces
grands mots, spiritualité, immatérialité, etc., placés à tout hasard,
sans être entendus, même par des gens d'esprit.
Rien de plus facile que de prouver un système, fondé comme
celui-ci sur le sentiment intime et l'expérience propre de chaque
individu. L'imagination, ou cette partie fantastique du cerveau, dont
la nature nous est aussi inconnue que sa manière d'agir, est-elle
naturellement petite, ou faible? elle aura à peine la force de
comparer l'analogie, ou la ressemblance de ses idées; elle ne pourra
voir que ce qui sera vis-à-vis d'elle, ou ce qui l'affectera le plus
vivement; et encore de quelle manière! Mais toujours est-il vrai
que l'imagination seule aperçoit; que c'est elle qui se représente
tous les objets, avec les mots et les figures qui les caractérisent;
et qu'ainsi c'est elle encore une fois qui est l'âme, puisqu'elle
en fait tous les rôles. Par elle, par son pinceau flatteur, le froid
squelette de la raison prend des chairs vives et vermeilles; par elle
les sciences fleurissent, les arts s'embellissent, les bois parlent,
les échos soupirent, les rochers pleurent, le marbre respire, tout
prend vie parmi les corps inanimés. C'est elle encore qui ajoute à
la tendresse d'un coeur amoureux le piquant attrait de la volupté;
elle la fait germer dans le cabinet du philosophe, et du pédant
poudreux; elle forme enfin les savants comme les orateurs et les
poëtes. Sottement décriée par les uns, vainement distinguée par les
autres, qui tous l'ont mal connue, elle ne marche pas seulement à
la suite des Grâces et des beaux-art, elle ne peint pas seulement
la nature, elle peut aussi la mesurer. Elle raisonne, juge, pénètre,
compare, approfondit. Pourrait-elle si bien sentir les beautées des
tableaux qui lui sont tracés, sans en découvrir les rapports? Non;
comme elle ne peut se replier sur les plaisirs des sens, sans en
goûter toute la perfection ou la volupté, elle ne peut réfléchir sur
ce qu'elle a mécaniquement conçu, sans être alors le jugement même.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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