Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Quel est l'animal qui mourrait de faim au milieu d'une rivière de
lait? L'homme seul. Semblable à ce vieux enfant dont un moderne
parle d'après Arnobe, il ne connait ni les aliments qui lui sont
propres, ni l'eau qui peut le noyer, ni le feu qui peut le réduire
en poudre. Faites briller pour la première fois la lumière d'une
bougie aux yeux d'un enfant, il y portera machinalement le doigt,
comme pour savoir quel est le nouveau phénomène qu'il aperçoit; c'est
à ses dépens qu'il en connaîtra le danger, mais il n'y sera pas repris.
Mettez-le encore avec un animal sur le bord d'un précipice! lui seul
y tombera; il se noie, où l'autre se sauve à la nage. A quatorze ou
quinze ans, il entrevoit à peine les grands plaisirs qui l'attendent
dans la reproduction de son espèce; déjà adolescent, il ne sait pas
trop comment s'y prendre dans un jeu que la nature apprend si vite aux
animaux: il se cache, comme s'il était honteux d'avoir du plaisir et
d'être fait pour être heureux, tandis que les animaux se font gloire
d'être cyniques. Sans éducation, ils sont sans préjugés. Mais voyons
encore ce chien et cet enfant qui ont tous deux perdu leur maître dans
un grand chemin: l'enfant pleure, il ne sait à quel saint se vouer;
le chien, mieux servi par son odorat que l'autre par sa raison,
l'aura bientôt trouvé.
La nature nous avait donc faits pour être au dessous des animaux, ou du
moins pour faire par là même mieux éclater les prodiges de l'éducation,
qui seule nous tire du niveau et nous élève enfin au-dessus d'eux. Mais
accordera-t-on la même distinction aux sourds, aux aveugles-nés,
aux imbéciles, aux fous, aux hommes sauvages, ou qui ont été élevés
dans les bois avec les bêtes, à ceux dont l'affection hypocondriaque
a perdu l'imagination, enfin à toutes ces bêtes à figure humaine,
qui ne montrent que l'instinct le plus grossier? Non, tous ces hommes
de corps, et non d'esprit, ne méritent pas une classe particulière.
Nous n'avons pas dessein de nous dissimuler les objections qu'on peut
faire en faveur de la distinction primitive de l'homme et des animaux,
contre notre sentiment. Il y a, dit-on, dans l'homme une loi naturelle,
une connaissance du bien et du mal, qui n'a pas été gravée dans le
coeur des animaux.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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