Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Qu'on ne m'objecte point que les animaux sont pour la plupart des êtres
féroces, qui ne sont pas capables de sentir les maux qu'ils font; car
tous les hommes distinguent-ils mieux les vices et les vertus? Il est
dans notre espèce de la férocité, comme dans la leur. Les hommes qui
sont dans la barbare habitude d'enfreindre la loi naturelle, n'en sont
pas si tourmentés que ceux qui la transgressent pour la première fois,
et que la force de l'exemple n'a point endurcis. Il en est de même des
animaux, comme des hommes. Les uns et les autres peuvent être plus
ou moins féroces par tempérament, et ils le deviennent encore plus
avec ceux qui le sont. Mais un animal doux, pacifique, qui vit avec
d'autres animaux semblables, et d'aliments doux, sera ennemi du sang
et du carnage, il rougira intérieurement de l'avoir versé; avec cette
différence peut-être que, comme chez eux tout est immolé aux besoins,
aux plaisirs et aux commodités de la vie, dont ils jouissent plus
que nous, leurs remords ne semblent pas devoir être si vifs que les
nôtres, parceque nous ne sommes pas dans la même nécessité qu'eux. La
coutume émousse et peut-être étouffe les remords, comme les plaisirs.
Mais je veux pour un moment supposer que je me trompe, et qu'il n'est
pas juste que presque tout l'univers ait tort à ce sujet, tandis
que j'aurais seul raison; j'accorde que les animaux, même les plus
excellents, ne connaissent pas la distinction du bien et du mal moral,
qu'ils n'ont aucune mémoire des attentions qu'on a eues pour eux,
du bien qu'on leur a fait, aucun sentiment de leurs propres vertus;
que ce lion, par exemple, dont j'ai parlé après tant d'autres, ne se
souvienne pas de n'avoir pas voulu ravir la vie à cet homme qui fut
livré à sa furie, dans un spectacle plus inhumain que tous les lions,
les tigres et les ours; tandis que nos compatriotes se battent, Suisses
contre Suisses, frères contre frères, se reconnaissent, s'enchaînent,
ou se tuent sans remords, parce qu'un prince paie leurs meurtres: je
suppose enfin que la loi naturelle n'ait pas été donnée aux animaux,
quelles en seront les conséquences? L'homme n'est pas pétri d'un limon
plus précieux; la nature n'a employé qu'une seule et même pâte, dont
elle a seulement varié les levains. Si donc l'animal ne se repent
pas d'avoir violé le sentiment intérieur dont je parle, ou plutôt
s'il en est absolument privé, il faut nécessairement que l'homme
soit dans le même cas: moyennant quoi adieu la loi naturelle et tous
ces beaux traités qu'on a publiés sur elle! Tout le règne animal en
serait généralement dépourvû. Mais réciproquement si l'homme ne peut
se dispenser de convenir qu'il distingue toujours, lorsque la santé le
laisse jouïr de lui-même, ceux qui ont de la probité, de l'humanité,
de la vertu, de ceux qui ne sont ni humains, ni vertueux, ni honnêtes
gens; qu'il est facile de distinguer ce qui est vice, ou vertu, par
l'unique plaisir ou la propre répugnance qui en sont comme les effets
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account