Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Mais si le crime porte avec soi sa propre punition plus ou moins
cruelle; si la plus longue et la plus barbare habitude ne peut
tout-à-fait arracher le repentir des coeurs les plus inhumains;
s'ils sont déchirés par la mémoire même de leurs actions; pour quoi
effrayer l'imagination des esprits faibles par un enfer, par des
spectres, et des précipices de feu, moins réels encore que ceux
de Pascal [6]? Qu'est-il besoin de recourir à des fables, comme un
pape de bonne foi l'a dit lui-même, pour tourmenter les malheureux
mêmes qu'on fait périr, parce qu'on ne les trouve pas assez punis
par leur propre conscience, qui est leur premier bourreau? Ce n'est
pas que je veuille dire que tous les criminels soient injustement
punis; je prétends seulement que ceux dont la volonté est dépravée,
et la conscience éteinte, le sont assez par leurs remords, quand ils
reviennent à eux-mêmes; remords, j'ose encore le dire, dont la nature
aurait dû en ce cas, ce me semble, délivrer des malheureux entraînés
par une fatale nécessité.
Les criminels, les méchants, les ingrats, ceux enfin que ne sentent
pas la nature, tyrans malheureux et indignes du jour, ont beau se
faire un cruel plaisir de leur barbarie, il est des moments calmes et
de réflexion, où la conscience vengeresse s'élève, dépose contr'eux,
et les condamne à être presque sans cesse déchirés de ses propres
mains. Qui tourmente les hommes, est tourmenté par lui-même; et les
maux qu'il sentira seront la juste mesure de ceux qu'il aura faits.
D'un autre côté, il y a tant de plaisir à faire du bien, à sentir,
à reconnaître celui qu'on reçoit, tant de contentement à pratiquer
la vertu, à être doux, humain, tendre, charitable, compatissant et
généreux (ce seul mot renferme toutes les vertus), que je tiens pour
assez puni quiconque a le malheur de n'être pas né vertueux.
Nous n'avons pas originairement été faits pour être savants;
c'est peut-être par une espèce d'abus de nos facultés organiques,
que nous le sommes devenus; et cela à la charge de l'Etat, qui
nourrit une multitude de fainéants, que la vanité a decorés du nom
de philosophes. La nature nous a tous créés uniquement pour être
heureux; oui, tous, depuis le ver qui rampe, jusqu'à l'aigle qui
se perd dans la nue. C'est pourquoi elle a donné à tous les animaux
quelque portion de la loi naturelle, portion plus ou moins exquise
selon que le comportent les organes bien conditionnés de chaque animal.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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