Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
A présent, comment définirons-nous la loi naturelle? C'est un sentiment
qui nous apprend ce que nous ne devons pas faire, parce que nous ne
voudrions pas qu'on nous le fît. Oserais-je ajouter à cette idée
commune, qu'il me semble que ce sentiment n'est qu'une espèce de
crainte, ou de frayeur, aussi salutaire à l'espèce qu'a l'individu;
car peut-être ne respectons-nous la bourse et la vie des autres, que
pour nous conserver nos biens, notre honneur et nous-mêmes; semblables
à ces Ixions du Christianisme qui n'aiment Dieu et n'embrassent tant
de chimériques vertus, que parce qu'ils craignent l'enfer.
Vous voyez que la loi naturelle n'est qu'un sentiment intime,
qui appartient encore à l'imagination, comme tous les autres,
parmi lesquels on compte la pensée. Par conséquent elle ne suppose
évidemment ni éducation, ni révélation, ni législateur, à moins qu'on
ne veuille la confondre avec les lois civiles, à la manière ridicule
des théologiens.
Les armes du fanatisme peuvent détruire ceux qui soutiennent ces
vérités; mais elles ne détruiront jamais ces vérités mêmes.
Ce n'est pas que je révoque en doute l'existence d'un Etre suprême; il
me semble au contraire que le plus grand degré de probabilité est pour
elle: mais comme cette existence ne prouve pas plus la nécessité d'un
culte, que toute autre, c'est une vérité théorique, qui n'est guère
d'usage dans la pratique: de sorte que, comme on peut dire, d'après
tant d'expériences, que la religion ne suppose pas l'exacte probité,
les mêmes raisons autorisent à penser que l'athéisme ne l'exclut pas.
Qui sait d'ailleurs si la raison de l'existence de l'homme ne serait
pas dans son existence même? Peut-être a-t-il été jeté au hasard
sur un point de la surface de la terre, sans qu'on puisse savoir ni
comment, ni pourquoi, mais seulement qu'il doit vivre et mourir,
semblable à ces champignons, qui paraissent d'un jour à l'autre,
ou à ces fleurs qui bordent les fossés et couvrent les murailles.
Ne nous perdons point dans l'infini, nous ne sommes pas faits pour en
avoir la moindre idée; il nous est absolument impossible de remonter
à l'origine des choses. Il est égal d'ailleurs pour notre repos,
que la matière soit éternelle, ou qu'elle ait été créée, qu'il y ait
un Dieu, ou qu'il n'y en ait pas. Quelle folie de tant se tourmenter
pour ce qu'il est impossible de connaître, et ce qui ne nous rendrait
pas plus heureux, quand nous en viendrions à bout.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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