Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Mais comment en expliquer les phénomènes, sans ce commode rapport
de parties, qui rend si bien raison des ressemblances des enfants,
tantôt au père, et tantôt à la mère? D'un autre côté, l'embarras d'une
explication doit-elle contrebalancer un fait? Il me parait que c'est
le mâle qui fait tout, dans une femme qui dort, comme dans la plus
lubrique. L'arrangement des parties serait donc fait de toute éternité
dans le germe, ou dans le ver même de l'homme. Mais tout ceci est
fort au-dessus de la portée des plus excellents observateurs. Comme
ils n'y peuvent rien saisir, ils ne peuvent pas plus juger de la
mécanique de la formation et du développement des corps, qu'une taupe
du chemin qu'un cerf peut parcourir.
Nous sommes de vraies taupes dans le champ de la nature; nous n'y
faisons guères que le trajet de cet animal; et c'est notre orgueil qui
donne des bornes à ce qui n'en a point. Nous sommes dans le cas d'une
montre qui dirait: (un fabuliste en ferait un personnage de conséquence
dans un ouvrage frivole) "Quoi! c'est ce sot ouvrier qui m'a faite, moi
qui divise le temps! moi qui marque si exactement le cours du soleil;
moi qui répète à haute voix les heures que j'indique! non, cela ne se
peut pas." Nous dédaignons de même, ingrats que nous sommes, cette
mère commune de tous les règnes, comme parlent les chimistes. Nous
imaginons ou plutôt supposons une cause supérieure à celle à qui
nous devons tout, et qui a véritablement tout fait d'une manière
inconcevable. Non, la matière n'a rien de vil, qu'aux yeux grossiers
qui la méconnaissent dans ses plus brillants ouvrages; et la nature
n'est point une ouvrière bornée. Elle produit des millions d'hommes
avec plus de facilité et de plaisir, qu'un horloger n'a de peine à
faire la montre la plus composée. Sa puissance éclate également et dans
la production du plus vil insecte, et dans celle de l'homme le plus
superbe; le règne animal ne lui coûte pas plus que le végétal, ni le
plus beau génie qu'un épi de blé. Jugeons donc par ce que nous voyons,
de ce qui se dérobe à la curiosité de nos yeux et de nos recherches,
et n'imaginons rien au delà. Suivons le singe, le castor, l'éléphant,
etc., dans leurs opérations. S'il est évident qu'elles ne peuvent
se faire sans intelligence, pourquoi la refuser à ces animaux? et si
vous leur accordez une âme, fanatiques, vous êtes perdus; vous aurez
beau dire que vous ne décidez point sur sa nature, tandis que vous lui
ôtez l'immortalité; qui ne voit que c'est une assertion gratuite? qui
ne voit qu'elle doit être ou mortelle, ou immortelle, comme la nôtre,
dont elle doit subir le même sort quel qu'il soit! et qu'ainsi c'est
tomber dans Scilla pour vouloir éviter Caribde?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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