Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
L'homme est une machine si composée, qu'il est impossible de s'en
faire d'abord une idée claire, et conséquemment de la définir. C'est
pourquoi toutes les recherches que les plus grands philosophes ont
faites à priori, c'est à dire, en voulant se servir en quelque sorte
des ailes de l'esprit, ont été vaines. Ainsi ce n'est qu'à posteriori,
ou en cherchant à demêler l'âme comme au travers les organes du corps,
qu'on peut, je ne dis pas découvrir avec évidence la nature même de
l'homme, mais atteindre le plus grand degré de probabilité possible
sur ce sujet.
Prenons donc le bâton de l'expérience, et laissons là l'histoire de
toutes les vaines opinions des philosophes. Etre aveugle, et croire
pouvoir se passer de ce bâton, c'est le comble de l'aveuglement. Qu'un
moderne a bien raison de dire qu'il n'y a que la vanité seule qui ne
tire pas des causes secondes le même parti que des premières! On peut
et on doit même admirer tous ces beaux génies dans leurs travaux les
plus inutiles, les Descartes, les Malebranche, les Leibnitz, les Wolf,
etc.; mais quel fruit, je vous prie, a-t-on retiré de leurs profondes
méditations et de tous leurs ouvrages? Commençons donc et voyons, non
ce qu'on a pensé, mais ce qu'il faut penser pour le repos de la vie.
Autant de tempéraments, autant d'esprits, de caractères et de moeurs
différentes. Galien même a connu cette vérité, que Descartes, et non
Hippocrate, comme le dit l'auteur de l'histoire de l'Ame, a poussée
loin, jusqu'à dire que la médecine seule pouvait changer les esprits
et les moeurs avec le corps. Il est vrai, la mélancolie, la bile, le
phlegme, le sang etc., suivant la nature, l'abondance et la diverse
combinaison de ces humeurs, de chaque homme font un homme différent.
Dans les maladies, tantôt l'âme s'éclipse et ne montre aucun signe
d'elle-même; tantôt on dirait qu'elle est double, tant la fureur la
transporte; tantôt l'imbécilité se dissipe: et la convalescence d'un
sot fait un homme d'esprit. Tantôt le plus beau génie devenu stupide,
ne se reconnait plus. Adieu toutes ces belles connaissances acquises
à si grands frais, et avec tant de peine!
Ici c'est un paralytique, qui demande si sa jambe est dans son lit: là
c'est un soldat qui croit avoir le bras qu'on lui a coupé. La mémoire
de ses anciennes sensations, et du lieu où son âme les rapportait,
fait son illusion et son espèce de délire. Il suffit de lui parler de
cette partie qui lui manque, pour lui en rappeller et faire sentir
tous les mouvements; ce qui se fait avec je ne sais quel déplaisir
d'imagination qu'on ne peut exprimer.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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