Materialism; Mind and body; Physiology -- Early works to 1800
Celui-ci pleure, comme un enfant, aux approches de la mort, que
celui-là badine. Que fallait-il à Caius Julius, à Sénèque, à Pétrone
pour changer leur intrépidité en pusillanimité ou en poltronnerie? Une
obstruction dans la rate, dans le foie, un embarras dans la veine
porte. Pourquoi? Parceque l'imagination se bouche avec les viscères;
et de là naissent tous ces singuliers phénomènes de l'affection
hystérique et hypocondriaque.
Que dirais-je de nouveau sur ceux qui s'imaginent être transformés
en loups-garous, en coqs, en vampires, qui croient que les morts
les sucent? Pourquoi m'arrêterais-je à ceux qui voient leur nez, ou
autres membres, de verre, et à qui il faut conseiller de coucher sur
la paille, de peur qu'ils ne se cassent, afin qu'ils en retrouvent
l'usage et la véritable chair, lorsque mettant le feu à la paille on
leur fait craindre d'être brûlés: frayeur qui a quelquefois guéri la
paralysie? Je dois légèrement passer sur des choses connues de tout
le monde.
Je ne serai pas plus long sur le détail des effets du sommeil. Voyez
ce soldat fatigué! il ronfle dans la tranchée, au bruit de cent
pièces de canons! Son âme n'entend rien, son sommeil est une parfaite
apoplexie. Une bombe va l'écraser; il sentira peut-être moins ce coup
qu'un insecte qui se trouve sous le pied.
D'un autre côté, cet homme que la jalousie, la haine, l'avarice
ou l'ambition dévore, ne peut trouver aucun repos. Le lieu le plus
tranquille, les boissons les plus fraîches et les plus calmantes, tout
est inutile à qui n'a pas délivré son coeur du tourment des passions.
L'âme et le corps s'endorment ensemble. A mesure que le mouvement du
sang se calme, un doux sentiment de paix et de tranquillité se répand
dans toute la machine; l'âme se sent mollement s'appesantir avec les
paupières et s'affaisser avec les fibres du cerveau: elle devient ainsi
peu à peu comme paralytique, avec tous les muscles du corps. Ceux-ci ne
peuvent plus porter le poids de la tête; celle là ne peut plus soutenir
le fardeau de la pensée; elle est dans le sommeil, comme n'étant point.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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