French fiction -- 19th century; Short stories, French
--Laisse-moi, répondit Mateo: je suis son père.
Giuseppa embrassa son fils et entra en pleurant dans sa cabane. Elle
se jeta à genoux devant une image de la Vierge et pria avec ferveur.
Cependant Falcone marcha quelque deux cents pas dans le sentier et ne
s'arrêta que dans un petit ravin où il descendit. Il sonda la terre
avec la crosse de son fusil et la trouva molle et facile à creuser.
L'endroit lui parut convenable pour son dessein.
--Fortunato, va auprès de cette grosse pierre.
L'enfant fit ce qu'il lui commandait, puis il s'agenouilla.
--Dis tes prières.
--Mon père, mon père, ne me tuez pas.
--Dis tes prières! répéta Mateo d'une voix terrible.
L'enfant, tout en balbutiant et en sanglotant, récita le _Pater_ et le
_Credo_[1]. Le père, d'une voix forte, répondait _Amen!_ à la fin de
chaque prière.
[Footnote 1: *Pater*--*Credo*. The first words respectively of the
Latin version of the Lord's Prayer and of the Creed.]
--Sont-ce là toutes les prières que tu sais?
--Mon père, je sais encore l'_Ave Maria_[1] et la litanie que ma tante
m'a apprise.
[Footnote 1: *Ave Maria*. The first words of a prayer to the Virgin
composed from St. Luke I, verses 26-28 and 41-44, to which are added
the following words: "Sancta Maria mater Dei ora pro nobis nunc et in
hora."]
--Elle est bien longue, n'importe.
L'enfant acheva la litanie d'une voix éteinte.
--As-tu fini?
--Oh! mon père, grâce! pardonnez-moi! Je ne le ferai plus! Je prierai
tant mon cousin le caporal qu'on fera grâce au Gianetto!
Il parlait encore; Mateo avait armé son fusil et le couchait en joue
en lui disant:
--Que Dieu te pardonne!
L'enfant fit un effort désespéré pour se relever et embrasser les
genoux de son père; mais il n'en eut pas le temps. Mateo fit feu, et
Fortunato tomba roide mort.
Sans jeter un coup d'oeil sur le cadavre, Mateo reprit le chemin de
sa maison pour aller chercher une bêche afin d'enterrer son fils.
Il avait fait à peine quelques pas qu'il rencontra Giuseppa, qui
accourait alarmée du coup de feu.
--Qu'as-tu fait? s'écria-t-elle.
--Justice.
--Où est-il?
--Dans le ravin. Je vais l'enterrer. Il est mort en chrétien; je lui
ferai chanter une messe. Qu'on dise à mon gendre Tiodoro Bianchi de
venir demeurer avec nous.
L'ENLÈVEMENT DE LA REDOUTE
Un militaire de mes amis, qui est mort de la fièvre en Grèce il y a
quelques années, me conta un jour la première affaire à laquelle il
avait assisté. Son récit me frappa tellement, que je l'écrivis de
mémoire aussitôt que j'en eus le loisir. Le voici:
--Je rejoignis le régiment le 4 septembre au soir. Je trouvai le
colonel au bivac. Il me reçut d'abord assez brusquement; mais, après
avoir lu la lettre de recommandation du général B***, il changea de
manières, et m'adressa quelques paroles obligeantes.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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