French fiction -- 19th century; Short stories, French
En sortant de derrière l'espèce d'épaulement qui nous avait protégés,
nous fûmes reçus par plusieurs décharges de mousqueterie qui ne firent
que peu de mal dans nos rangs. Le sifflement des balles me surprit:
souvent je tournais la tête, et je m'attirai ainsi quelques
plaisanteries de la part de mes camarades plus familiarisés avec ce
bruit.
--A tout prendre, me dis-je, une bataille n'est pas une chose si
terrible.
Nous avancions au pas de course, précédés de tirailleurs: tout à coup
les Russes poussèrent trois hourras, trois hourras distincts, puis
demeurèrent silencieux et sans tirer.
--Je n'aime pas ce silence, dit mon capitaine; cela ne nous présage
rien de bon.
Je trouvai que nos gens étaient un peu trop bruyants, et je ne pus
m'empêcher de faire intérieurement la comparaison de leurs clameurs
tumultueuses avec le silence imposant de l'ennemi.
Nous parvînmes rapidement au pied de la redoute, les palissades
avaient été brisées et la terre bouleversée par nos boulets. Les
soldats s'élancèrent sur ces ruines nouvelles avec des cris de _Vive
l'empereur_! plus forts qu'on ne l'aurait attendu de gens qui avaient
déjà tant crié.
Je levai les yeux, et jamais je n'oublierai le spectacle que je vis.
La plus grande partie de la fumée s'était élevée et restait suspendue
comme un dais à vingt pieds au-dessus de la redoute. Au travers d'une
vapeur bleuâtre, on apercevait derrière leur parapet à demi détruit
les grenadiers russes, l'arme haute, immobiles comme des statues. Je
crois voir encore chaque soldat, l'oeil gauche attaché sur nous, le
droit caché par son fusil élevé. Dans une embrasure, à quelques pieds
de nous, un homme tenant une lance à feu était auprès d'un canon.
Je frissonnai, et je crus que ma dernière heure était venue.
--Voilà la danse qui va commencer, s'écria mon capitaine. Bonsoir!
Ce furent les dernières paroles que je l'entendis prononcer.
Un roulement de tambours retentit dans la redoute. Je vis se
baisser tous les fusils. Je fermai les yeux, et j'entendis un fracas
épouvantable, suivi de cris et de gémissements. J'ouvris les yeux,
surpris de me trouver encore au monde. La redoute était de nouveau
enveloppée de fumée. J'étais entouré de blessés et de morts. Mon
capitaine était étendu à mes pieds: sa tête avait été broyée par un
boulet, et j'étais couvert de sa cervelle et de son sang. De toute ma
compagnie, il ne restait debout que six hommes et moi.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account