French fiction -- 19th century; Short stories, French
Tamango se leva sans répondre, monta en chancelant sur le tillac et
s'assit au pied d'un mât rompu. La tête penchée sur sa poitrine, il
sifflait l'air de sa famille. Tout à coup un grand cri se fit entendre
au-dessus du bruit du vent de la mer; une lumière parut. Il entendit
d'autres cris, et un gros vaisseau noir glissa rapidement auprès du
sien; si près, que les vergues passèrent au-dessus de sa tête. Il ne
vit que deux figures éclairées par une lanterne suspendue à un mât.
Ces gens poussèrent encore un cri, et aussitôt leur navire, emporté
par le vent, disparut dans l'obscurité. Sans doute les hommes de garde
avaient aperçu le vaisseau naufragé; mais le gros temps empêchait de
virer de bord. Un instant après, Tamango vit la flamme d'un canon et
entendit le bruit de l'explosion; puis il vit la flamme d'un autre
canon, mais il n'entendit aucun bruit; puis il ne vit plus rien.
Le lendemain, pas une voile ne paraissait à l'horizon. Tamango se
recoucha sur son matelas et ferma les yeux. Sa femme Ayché était morte
cette nuit-là.
* * * * *
Je ne sais combien de temps après une frégate anglaise, _la Bellone_,
aperçut un bâtiment démâté et en apparence abandonné de son équipage.
Une chaloupe, l'ayant abordé, y trouva une négresse morte et un nègre
si décharné et si maigre, qu'il ressemblait à une momie. Il était sans
connaissance, mais avait encore un souffle de vie. Le chirurgien
s'en empara, lui donna des soins, et quand _la Bellone_ aborda à
Kingston[1], Tamango était en parfaite santé. On lui demanda son
histoire. Il dit ce qu'il en savait. Les planteurs de l'île voulaient
qu'on le pendît comme un nègre rebelle; mais le gouverneur, qui était
un homme humain, s'intéressa à lui, trouvant son cas justifiable,
puisque, après tout, il n'avait fait qu'user du droit légitime de
défense; et puis ceux qu'il avait tués n'étaient que des Français. On
le traita comme on traite les nègres pris à bord d'un vaisseau négrier
que l'on confisque. On lui donna la liberté, c'est-à-dire qu'on le fit
travailler pour le gouvernement; mais il avait six sous par jour et la
nourriture. C'était un fort bel homme. Le colonel du 75e le vit et le
prit pour en faire un cymbalier dans la musique de son régiment. Il
apprit un peu d'anglais; mais il ne parlait guère. En revanche, il
buvait avec excès du rhum et du tafia[2].--Il mourut à l'hôpital d'une
inflammation de poitrine.
[Footnote 1: *Kingston*. A seaport and the capital of Jamaica, which
belongs since 1655 to England and which is situated about 90 miles
south of Cuba. The town was founded in 1693, after the destruction by
an earthquake of Port Royal. Population about 46500.]
[Footnote 2: *tafia*. (From the Malay tafia.) A spirit distilled from
molasses. In the West Indies it is a sort of rum distilled from the
fermented skimmings obtained from cane-juice during the process of
boiling down, or from the lower grades of molasses, and also from
brown and refuse sugar.]
1829.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account