Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
[202] The _Projet d’une Dîme royale_ was published anonymously at
Rouen in 1707, and steps were immediately taken to suppress it.
See Appendix B.
Mais ce livre avoit un grand défaut: il donnoit à la vérité au Roi
plus qu’il ne tiroit par les voies jusqu’alors pratiquées, il sauvoit
aussi les peuples de ruine et de vexations, et les enrichissoit en leur
laissant tout ce qui n’entroit point dans les coffres du Roi, à peu
de choses près; mais il ruinoit une armée de financiers, de commis,
d’employés de toute espèce, il les réduisoit à chercher à vivre à leurs
dépens, et non plus à ceux du public, et il sapoit par les fondements
ces fortunes immenses qu’on voit naître en si peu de temps. C’étoit
déjà de quoi échouer.
Mais le crime fut qu’avec cette nouvelle pratique tomboit l’autorité
du contrôleur général, sa faveur, sa fortune, sa toute-puissance, et,
par proportion, celles des intendants des finances, des intendants de
provinces, de leurs secrétaires, de leurs commis, de leurs protégés,
qui ne pouvoient plus faire valoir leur capacité et leur industrie,
leurs lumières et leur crédit, et qui de plus tomboient du même coup
dans l’impuissance de faire du bien ou du mal à personne. Il n’est
donc pas surprenant que tant de gens si puissants en tout genre, à qui
ce livre arrachoit tout des mains, ne conspirassent contre un système
si utile à l’État, si heureux pour le Roi, si avantageux aux peuples
du royaume, mais si ruineux pour eux. La robe entière en rugit pour
son intérêt: elle est la modératrice des impôts par les places qui en
regardent toutes les sortes d’administration, et qui lui sont affectées
privativement à tous autres, et elle se le croit en corps avec plus
d’éclat par la nécessité de l’enregistrement des édits bursaux.
Les liens du sang fascinèrent les yeux aux deux gendres de M.
Colbert[203], de l’esprit et du gouvernement duquel ce livre s’écartoit
fort, et furent trompés par les raisonnements vifs et captieux de
Desmaretz[204], dans la capacité duquel ils avoient toute confiance,
comme au disciple unique de Colbert son oncle, qui l’avoit élevé et
instruit; Chamillart, si doux, si amoureux du bien, et qui n’avoit
pas, comme on l’a vu, négligé de travailler avec Boisguilbert, tomba
sous la même séduction de Desmaretz. Le Chancelier, qui se sentoit
toujours d’avoir été, quoique malgré lui, contrôleur général des
finances, s’emporta. En un mot, il n’y eut que les impuissants et les
désintéressés pour Vauban et Boisguilbert, je veux dire l’Église et la
noblesse; car pour les peuples, qui y gagnoient tout, ils ignorèrent
qu’ils avoient touché à leur salut, que les bons bourgeois seuls
déplorèrent.
[203] Beauvillier and Chevreuse.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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