Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Né avec un esprit au-dessous du médiocre[15], mais un esprit capable
de se former, de se limer, de se raffiner, d’emprunter d’autrui sans
imitation et sans gêne, il profita infiniment d’avoir toute sa vie vécu
avec les personnes du monde qui toutes en avoient le plus, et des plus
différentes sortes, en hommes et en femmes de tout âge, de tout genre
et de tous personnages.
[15] This is a mistake. Louis XIV had common sense, prudence, and
sagacity, and, if he lacked initiative and originality, he could
understand what was explained to him.
S’il faut parler ainsi d’un roi de vingt-trois ans, sa première entrée
dans le monde fut heureuse en esprits distingués de toute espèce.
Ses ministres au dedans et au dehors étoient alors les plus forts de
l’Europe, ses généraux les plus grands, leurs seconds les meilleurs, et
qui sont devenus des capitaines en leur école, et leurs noms aux uns
et aux autres ont passé comme tels à la postérité d’un consentement
unanime. Les mouvements dont l’État avoit été si furieusement agité
au dedans et au dehors, depuis la mort de Louis XIII, avoient formé
quantité d’hommes qui composoient une cour d’habiles et d’illustres
personnages et de courtisans raffinés.
La maison de la comtesse de Soissons[16], qui, comme surintendante
de la maison de la Reine, logeoit à Paris aux Tuileries, où étoit
la cour, qui y régnoit par un reste de la splendeur du feu cardinal
Mazarin, son oncle, et plus encore par son esprit et son adresse,
en étoit devenue le centre, mais fort choisi. C’étoit où se rendoit
tous les jours ce qu’il y avoit de plus distingué en hommes et en
femmes, qui rendoit cette maison le centre de la galanterie de la
cour, et des intrigues et des menées de l’ambition, parmi lesquelles
la parenté influoit beaucoup, autant comptée, prisée et respectée
lors, qu’elle est maintenant oubliée. Ce fut dans cet important et
brillant tourbillon où le Roi se jeta d’abord, et où il prit cet air
de politesse et de galanterie qu’il a toujours su conserver toute sa
vie, qu’il a si bien su allier avec la décence et la majesté. On peut
dire qu’il étoit fait pour elle, et qu’au milieu de tous les autres
hommes, sa taille, son port, les grâces, la beauté, et la grande mine
qui succéda à la beauté, jusqu’au son de sa voix et à l’adresse et
la grâce naturelle et majestueuse de toute sa personne, le faisoient
distinguer jusqu’à sa mort comme le roi des abeilles, et que, s’il ne
fût né que particulier, il auroit eu également le talent des fêtes,
des plaisirs, de la galanterie, et de faire les plus grands désordres
d’amour. Heureux s’il n’eût eu que des maîtresses semblables à Mme de
la Vallière, arrachée à elle-même par ses propres yeux, honteuse de
l’être, encore plus des fruits de son amour, reconnus et élevés malgré
elle, modeste, désintéressée, douce, bonne au dernier point, combattant
sans cesse contre elle-même, victorieuse enfin de son désordre par les
plus cruels effets de l’amour et de la jalousie, qui furent tout à
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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