Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
L’année d’après le Roi fit en personne le siège de Gand[27], dont
le projet et l’exécution fut le chef-d’œuvre de Louvois. La paix
de Nimègue[28] mit fin cette année à la guerre avec la Hollande,
l’Espagne, etc.; et au commencement de l’année suivante, avec
l’Empereur et l’Empire. L’Amérique, l’Afrique, l’Archipel, la Sicile
ressentirent vivement la puissance de la France; et en 1684 Luxembourg
fut le prix des retardements des Espagnols à satisfaire à toutes les
conditions de la paix. Gênes bombardée se vit forcée à venir demander
la paix par son doge en personne accompagné de quatre sénateurs,
au commencement de l’année suivante. Depuis, jusqu’en 1688, le
temps se passa dans le cabinet, moins en fêtes qu’en dévotion et en
contrainte. Ici finit l’apogée de ce règne, et ce comble de gloire et
de prospérité. Les grands capitaines, les grands ministres au dedans et
au dehors n’étoient plus; mais il en restoit les élèves. Nous en allons
voir le second âge, qui ne répondra guère au premier, mais qui en tout
fut encore plus différent du dernier.
[27] Ghent capitulated after a six days’ siege on March 9, 1678.
[28] Peace with Holland was signed at Nymegen on August 10, 1678,
with Spain on September 17, and with the Empire on February 5,
1679.
La guerre de 1688 eut une étrange origine, dont l’anecdote, également
certaine et curieuse, est si propre à caractériser le Roi et Louvois
son ministre qu’elle doit tenir place ici[29]. Louvois, à la mort de
Colbert, avoit eu sa surintendance des bâtiments. Le petit Trianon de
porcelaine, fait autrefois pour Mme de Montespan, ennuyoit le Roi,
qui vouloit partout des palais. Il s’amusoit fort à ses bâtiments. Il
avoit aussi le compas dans l’œil pour la justesse, les proportions, la
symétrie, mais le goût n’y répondoit pas, comme on le verra ailleurs.
Ce château ne faisoit presque que sortir de terre, lorsque le Roi
s’aperçut d’un défaut à une croisée qui s’achevoit de former, dans la
longueur du rez-de-chaussée. Louvois, qui naturellement étoit brutal,
et de plus gâté jusqu’à souffrir difficilement d’être repris par son
maître, disputa fort et ferme, et maintint que la croisée étoit bien.
Le Roi tourna le dos, et s’alla promener ailleurs dans le bâtiment.
[29] This anecdote has already been related by Saint-Simon in an
earlier volume. That it was the origin of the war of 1688 has
been disproved by C. Rousset in his _Histoire de Louvois_.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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