Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Celui de tous qui porta le plus à plomb sur le Roi fut sa dernière
campagne, qui ne dura pas un mois. Il avoit en Flandres deux armées
formidables, supérieures du double au moins à celle de l’ennemi, qui
n’en avoit qu’une. Le prince d’Orange étoit campé à l’abbaye de Parc,
le Roi n’en étoit qu’à une lieue, et M. de Luxembourg avec l’autre
armée à une demi-lieue de celle du Roi, et rien entre les trois armées.
Le prince d’Orange se trouvoit tellement enfermé qu’il s’estimoit sans
ressource dans les retranchements qu’il fit relever à la hâte autour
de son camp, et si perdu qu’il le manda à Vaudemont[31], son ami
intime, à Bruxelles, par quatre ou cinq fois, et qu’il ne voyoit nulle
sorte d’espérance de pouvoir échapper ni sauver son armée. Rien ne la
séparait de celle du Roi que ces mauvais retranchements, et rien de
plus aisé ni de plus sûr que de le forcer avec l’une des deux armées,
et de poursuivre la victoire avec l’autre toute fraîche, et qui toutes
deux étoient complètes, indépendamment l’une de l’autre, en équipages
de vivres et d’artillerie à profusion.
[31] Charles-Henri, Prince de Vaudemont, a legitimatised son of
Charles IV, Duke of Lorraine. See I. 494-497.
On étoit aux premiers jours de juin, et que ne promettoit pas une telle
victoire au commencement d’une campagne! Aussi l’étonnement fut-il
extrême et général dans toutes les trois armées lorsqu’on y apprit
que le Roi se retiroit, et faisoit deux gros détachements de presque
toute l’armée qu’il commandoit en personne: un pour l’Italie, l’autre
pour l’Allemagne sous Monseigneur. M. de Luxembourg, qu’il manda le
matin de la veille de son départ pour lui apprendre ces nouvelles
dispositions, se jeta à genoux, et tint les siens longtemps embrassés
pour l’en détourner, et pour lui remontrer la facilité, la certitude et
la grandeur du succès en attaquant le prince d’Orange. Il ne réussit
qu’à importuner d’autant plus sensiblement qu’il n’y eut pas un mot à
lui opposer. Ce fut une consternation dans les deux armées qui ne se
peut représenter. On a vu que j’y étois. Jusqu’aux courtisans, si aises
d’ordinaire de retourner chez eux, ne purent contenir leur douleur.
Elle éclata partout aussi librement que la surprise, et à l’une et à
l’autre succédèrent de fâcheux raisonnements.
Le Roi partit le lendemain pour aller rejoindre Mme de Maintenon et les
dames, et retourner avec elles à Versailles[32], pour ne plus revoir la
frontière ni d’armées que pour le plaisir et en temps de paix.
[32] This accusation is untrue.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account