Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
La victoire de Neerwinden[33], que M. de Luxembourg remporta six
semaines après sur le prince d’Orange, que la nature, prodigieusement
aidée de l’art en une seule nuit avoit furieusement retranché,
renouvela d’autant plus les douleurs et les discours, qu’il s’en
falloit tout que le poste de l’abbaye de Parc ressemblât à celui de
Neerwinden, presque tout que nous eussions les mêmes forces, et plus
que tout que, faute de vivres et d’équipages suffisants d’artillerie,
cette victoire pût être poursuivie.
[33] For this battle, called Landen by English writers (July 29,
1693), see I. 87, and Macaulay, _Hist. of England_, c. XX.
Pour achever ceci tout à la fois, on sut que le prince d’Orange, averti
du départ du Roi, avoit mandé à Vaudemont qu’il en avoit l’avis d’une
main toujours bien avertie, et qui ne lui en avoit jamais donné de
faux, mais que pour celui-là il ne pouvoit y ajouter foi, ni se livrer
à l’espérance, et par un second courrier, que l’avis étoit vrai, que
le Roi partoit, que c’étoit à son esprit de vertige et d’aveuglement
qu’il devoit uniquement une si inespérée délivrance. Le rare est que
Vaudemont, établi longtemps depuis en notre cour, l’a souvent conté à
ses amis, même à ses compagnies, et jusque dans le salon de Marly.
La paix qui suivit cette guerre, et après laquelle le Roi et l’État
aux abois soupiroient depuis longtemps, fut honteuse. Il fallut en
passer par où M. de Savoie[34] voulut, pour le détacher de ses alliés,
et reconnoître enfin le prince d’Orange pour roi d’Angleterre, après
une si longue suite d’efforts, de haine et de mépris personnels, et
recevoir encore Portland[35], son ambassadeur, comme une espèce de
divinité. Notre précipitation nous coûta Luxembourg, et l’ignorance
militaire de nos plénipotentiaires, qui ne fut point éclairée du
cabinet, donna aux ennemis de grands avantages pour former leur
frontière. Telle fut la paix de Ryswick conclue en septembre 1697.
[34] The Duke of Savoy.
[35] William Bentinck, Earl of Portland (1649-1709), a Dutchman
by birth, was greatly trusted by William of Orange. For his
conferences with Boufflers, which resulted in the Peace of
Ryswick, see I. 461-462; Macaulay, c. XXII. For his embassy to
France in 1698, the magnificence of which made a great impression
on the French people, see II. 19-23. It is described at great
length by Macaulay, c. XXIII.
Le repos des armes ne fut guère que de trois ans, et on sentit
cependant toute la douleur des restitutions de pays et de places que
nous avions conquis, avec le poids de tout ce que la guerre avoit
coûté. Ici se termine le second âge de ce règne.
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