Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Le troisième s’ouvrit par un comble de gloire et de prospérité inouïe.
Le temps en fut momentané. Il enivra et prépara d’étranges malheurs,
dont l’issue a été une espèce de miracle. D’autres sortes de malheurs
accompagnèrent et conduisirent le Roi au tombeau, heureux s’il n’eût
survécu que de peu de mois l’avénement de son petit-fils à la totalité
de la monarchie d’Espagne, dont il fut d’abord en possession sans coup
férir. Cette dernière époque est encore si proche de ce temps qu’il n’y
a pas lieu de s’y étendre. Mais ce peu qui a été retracé du règne du
feu Roi étoit nécessaire pour mieux faire entendre ce qu’on va dire de
sa personne, en se souvenant toutefois de ce qui s’en trouve épars dans
ces _Mémoires_, et ne se dégoûtant pas s’il s’y en trouve de redites,
nécessaires pour mieux rassembler et former un tout.
Il faut encore le dire. L’esprit du Roi étoit au-dessous du médiocre,
mais très capable de se former. Il aima la gloire, il voulut l’ordre et
la règle. Il étoit né sage, modéré, secret, maître de ses mouvements
et de sa langue; le croira-t-on? il étoit né bon et juste, et Dieu lui
en avoit donné assez pour être un bon roi, et peut-être même un assez
grand roi. Tout le mal lui vint d’ailleurs. Sa première éducation
fut tellement abandonnée, que personne n’osoit approcher de son
appartement. On lui a souvent ouï parler de ces temps avec amertume,
jusque-là qu’il racontoit qu’on le trouva un soir tombé dans le bassin
du jardin du Palais-Royal à Paris, où la cour demeuroit alors.
Dans la suite, sa dépendance fut extrême. A peine lui apprit-on à
lire et à écrire, et il demeura tellement ignorant que les choses le
plus connues d’histoire, d’événements, de fortunes, de conduites,
de naissance, de lois, il n’en sut jamais un mot[36]. Il tomba, par
ce défaut et quelquefois en public, dans les absurdités les plus
grossières.
[36] This account of Louis XIV’s éducation has been shewn
by modern historians to be incorrect. Cp. Primi Visconti,
_Mémoires_, 191-192. But it is true that he hated reading. “La
seule vue d’un livre le fatigue” (_ib._). “Il avait la lecture en
horreur,” says Madame (_Corr._ III. 36).
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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