Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Une autre vanité personnelle l’entraîna encore dans cette conduite.
Il sentoit bien qu’il pouvoit accabler un seigneur sous le poids de
sa disgrâce, mais non pas l’anéantir, ni les siens, au lieu qu’en
précipitant un secrétaire d’État de sa place, ou un autre ministre
de la même espèce, il le replongeoit lui et tous les siens dans la
profondeur du néant d’où cette place l’avoit tiré, sans que les
richesses qui lui pourroient rester le pussent relever de ce non-être.
C’est là ce qui le faisoit se complaire à faire régner ses ministres
sur les plus élevés de ses sujets, sur les princes de son sang en
autorité comme sur les autres, et sur tout ce qui n’avoit ni rang
ni office de la couronne, en grandeur comme en autorité au-dessus
d’eux. C’est aussi ce qui éloigna toujours du ministère tout homme
qui pouvoit y ajouter du sien ce que le Roi ne pouvoit ni détruire ni
lui conserver, ce qui lui auroit rendu un ministre de cette sorte en
quelque façon redoutable et continuellement à charge, dont l’exemple
du duc de Beauvillier[47] fut l’exception unique dans tout le cours de
son règne, comme il a été remarqué en parlant de ce duc, le seul homme
noble qui ait été admis dans son conseil depuis la mort du cardinal
Mazarin jusqu’à la sienne, c’est-à-dire pendant cinquante-quatre ans;
car, outre ce qu’il y auroit à dire sur le maréchal de Villeroy, le
peu de mois qu’il y a été depuis la mort du duc de Beauvillier jusqu’à
celle du Roi ne peut pas être compté, et son père n’a jamais entré dans
le conseil d’État[48].
[47] See below for his portrait.
[48] This is a mistake. The first Maréchal de Villeroy was
appointed a minister in 1661.
De là encore la jalousie si précautionnée des ministres, qui rendit
le Roi si difficile à écouter tout autre qu’eux, tandis qu’il
s’applaudissoit d’un accès facile, et qu’il croyoit qu’il y alloit de
sa grandeur, de la vénération et de la crainte dont il se complaisoit
d’accabler les plus grands, de se laisser approcher autrement qu’en
passant. Ainsi le grand seigneur comme le plus subalterne de tous
états, parloit librement au Roi en allant ou revenant de la messe, en
passant d’un appartement à un autre, ou allant monter en carrosse; les
plus distingués, même quelques autres, à la porte de son cabinet, mais
sans oser l’y suivre. C’est à quoi se bornoit la facilité de son accès.
Ainsi on ne pouvoit s’expliquer qu’en deux mots, d’une manière fort
incommode, et toujours entendu de plusieurs qui environnoient le Roi,
ou, si on étoit plus connu de lui, dans sa perruque, ce qui n’étoit
guère plus avantageux. La réponse sûre étoit un “je verrai[49],”
utile à la vérité pour s’en donner le temps, mais souvent bien peu
satisfaisante, moyennant quoi tout passoit nécessairement par les
ministres, sans qu’il pût y avoir jamais d’éclaircissement, ce qui les
rendoit les maîtres de tout, et le Roi le vouloit bien, ou ne s’en
apercevoit pas.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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