The Book of the Homeless (Le livre des sans-foyer)
History
The Book of the Homeless (Le livre des sans-foyer)
World War, 1914-1918
Ils ne regrettaient pas les tendres soirs futurs,
Les conversations sur les places d’Athènes,
Où, le col altéré de poussière et d’azur,
Pallas, comme un pigeon, pleure au bord des fontaines.
Ils ne regrettaient pas les gradins découverts
Où le public trépigne, insiste,
Pour regarder, avant qu’ils montent sur la piste,
Les cochers bleus riant avec les cochers verts.
Ils ne regrettaient pas ce loisir disparate
D’une ville qui semble un sordide palais,
Où l’on se réunit pour entendre Socrate
Et pour jouer aux osselets.
Ils étaient éblouis de tumulte et de risque,
Mais, si la fourbe mort les désignait soudain,
Ils laissaient sans gémir sur l’herbe du jardin
Les livres et le disque.
Ce n’était pas pour eux l’insupportable affront,
Ils se couchaient sans choc, sans lutte, sans tapage,
Comme on voit, ayant bien remué sous le front,
Un vers définitif s’étendre sur la page.
Ils étaient résignés, vêtus, rigides, prêts
Pour cette expérience étrange,
Comme Hyacinthe en fleur indolemment se change
Et comme Cyparis se transforme en cyprès.
Ils ne regrettaient rien de vivre en Ionie,
D’être libres, d’avoir des mères et des sœurs,
Et de sentir ce lourd sommeil envahisseur
Après une courte insomnie.
Ils rentraient au séjour qui n’a plus de saison,
Où notre faible orgueil se refuse à descendre,
Sachant que l’urne étroite où gît un peu de cendre
Sera tout le jardin et toute la maison.
Jadis j’ai vu mourir des frères de mon âge,
J’ai vu monter en eux l’indicible torpeur.
Ils avaient tous si mal! Ils avaient tous si peur!
Ils se prenaient la tête avec des mains en nage.
Ils ne pouvaient pas croire, ayant si soif, si faim,
Un tel désir de tout avec un cœur si jeune,
A ce désert sans source, à cet immense jeûne,
A ce terme confus qui n’a jamais de fin.
Ils n’attendaient plus rien de la tendresse humaine
Et cherchaient à chasser d’un effort douloureux
L’Ange noir qui se couche à plat ventre sur eux
Et qui les considère avant qu’il les emmène.
JEAN COCTEAU
HOW THE YOUNG MEN DIED IN HELLAS
A FRAGMENT
[TRANSLATION]
Antigone went wailing to the dust.
She reverenced not the face of Death like these
To whom it came as no enfeebling peace
But a command relentless and august.
These grieved not at the beauty of the morn,
Nor that the sun was on the ripening flower;
Smiling they faced the sacrificial hour,
Blithe nightingales against the fatal thorn.
They grieved not that their feet no more should rove
The Athenian porticoes in twilight leisure,
Where Pallas, drunk with summer’s gold and azure,
Brooded above the fountains like a dove.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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