The Book of the Homeless (Le livre des sans-foyer)
History
The Book of the Homeless (Le livre des sans-foyer)
World War, 1914-1918
sérieux, bien accablés, mais si dignes. Les mots que ce borgne héroïque
a prononcés, cet “il le faut” donne à tous leurs gestes une émouvante
gravité.
Je reprends ma route, et je le retrouve cet “il le faut” du sergent, ce
“puisqu’il faut çà” de l’hôtelière, comme écrit dans tous les aspects de
cet horizon. C’est le moment de la moisson. Des femmes y travaillent,
des garçonnets, des petites filles. La suppléance du mari, du père, du
frère absents, s’est faite simplement, sans qu’il y ait eu besoin
d’aucun appel, d’aucun décret. Sur deux charrettes que je croise, une
est menée par une femme. Des femmes conduisent les troupeaux. Des femmes
étaient derrière les guichets de la Banque où je suis descendu chercher
de la monnaie, dans la petite ville. Un de mes amis, qui a de gros
intérêts dans le midi, me racontait que son homme d’affaires est aux
Dardanelles: “Sa femme gère mes propriétés à sa place. Elle est
étonnante d’intelligence et de bravoure.” Oui, c’est toujours ce même
tranquille stoïcisme, cette totale absence de plainte. Un bataillon de
territoriaux défile. Ils ne sont plus jeunes. Leur existence était
établie. Elle est bouleversée. Ils subissent l’épreuve sans un murmure
et marquent le pas sur la route brûlée de soleil avec une énergie qui
révèle, chez eux aussi, le sentiment de la nécessité. C’est, pour moi,
le caractère pathétique de cette guerre. Elle a la grandeur auguste des
actions vitales de la nature. Elle est le geste d’un pays qui ne veut
pas mourir, et qui ne mourra pas, ni lui ni cette noble Belgique, dont
parlait le sous-officier, et qui, elle, a prononcé avec autant de
fermeté résolue son “il le faut,” quand l’Allemand l’a provoquée, et
plus pathétiquement encore. Ce n’était pas pour la vie qu’elle allait se
battre, c’était pour l’honneur, pour la probité. Il n’est pas un
Français qui ne le sente, et qui ne confonde sa propre cause avec celle
des admirables sujets de l’admirable Roi Albert.
PAUL BOURGET
_de l’Académie Française_
ONE YEAR LATER
[TRANSLATION]
During the first days of August, 1915, I found myself motoring in one of
the central provinces of France. I had crossed the same region in the
same way just a year before, when the beginning of mobilization was
crowding the roads with waggons, with artillery and with marching
troops. Only one year! How many men are dead since! But the high resolve
of the nation is as firm as it was then, when all through the land there
was only one impulse--to go forward. The willingness to fight and to
endure has not grown less.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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