The Countess CathleenYeats, W. B. (William Butler)
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The Countess Cathleen
Yeats, W. B. (William Butler)
Famines -- Ireland -- Drama; Nobility -- Ireland -- Drama
Ce que je vais vous dire est un r`ecit du car`eme Irlandais. Le
boiteux, l'aveugle, le paralytique des rues de Dublin ou de
Limerick, vous le diraient mieux que moi, cher lecteur, si vous
alliez le leur demander, un sixpense d'argent `a la main.-Il
n'est pas une jeune fille catholique `a laquelle on ne Fait
appris pendant les jours de pr`eparation `a la communion sainte,
pas un berger des bords de la Blackwater qui ne le puisse redire
`a la veill`ee.
Il y a bien longtemps qu'il apparut tout-`a-coup dans la vielle
Irlande deux marchands inconnus dont personne n'avait oui parler,
et qui parlaient n`eanmoins avec la plus grande perfection la
langue du pays. Leurs cheveux `etaient noirs et ferr`es avec de
l'or et leurs robes d'une grande magnificence.
Tous deux semblaient avoir le m`eme age; ils paraissaient `etre
des hommes de cinquante ans, car leur barbe grisormait un peu.
Or, `a cette `epoque, comme aujourd'hui, l'Irlande `etait pauvre,
car le soleil avait `et`e rare, et des r`ecoltes presque nulles.
Les indigents ne savaient `a quel sainte se vouer, et la mis`ere
devenai de plus en plus terrible.
Dans l'h`otellerie o`u descendirent les marchands fastueux on
chercha `a p`en`etrer leurs desseins: mais cc fut en vain, ils
demeur`erent silencieux et discrets.
Et pendant qu'ils demeur`erent dans l'h`otellerie, ils ne
cess`erent de compter et de recompter des sacs de pi`eces d'or,
dont la vive clart`e s'apercevait `a travers les vitres du logis.
Gentlemen, leur dit l'h`otesse un jour, d'o`u vient que vous
`etes si opulents, et que, venus pour secourir la mis`ere
publique, vous ne fassiez pas de bonnes oeuvres?
-Belle h`otesse, r`epondit l'un d'eux, nous n'avons pas voulu
aller au-devant d'infortunes honorables, dans la crainte d'`etre
tromp`es par des mis`eres fictives: que la douleur frappe `a la
porte, nous ouvrirons.
Le lendemain, quand on sut qu'il existait deux opulents
`etrangers pr`ets `a prodiguer l'or, la foule assi`egea leur
logis; mais les figures des gens qui en sortaient `etaient bien
diverses. Les uns avaient la fiert`e dans le regard, les autres
portaient la honte au front. Les deux trafiquants achetaient
des `ames pour le d`emon. L'`ame d'un vieillard valait vingt
pi`eces d'or, pas un penny de plus; car Satan avait eu le temps
d'y former hypoth`eque. L'`ame d'une `pouse en valait cinquante
quand elle `etait jolie, ou cent quand elle `etait laide. L'`Ame
d'une jeune fille se payait des prix fous: les fleurs les plus
belles et les plus pures sont les plus ch`eres.
Pendant ce temps, il existait dans la ville un ange de beaut`e,
la comtesse Ketty O'Connor. Elle `etait l'idole du peuple, et la
providence des indigents. D`es qu'elle eut appris que des
m`ecr`eants profitaient de la mis`ere publique pour d`erober des
coeurs `a Dieu, elle fit appeler son majordome.
--Master Patrick, lui dit elle, combien ai-je de pi`eces d'or
dans mon coffre?
--Cent mille.
--Combien de bijoux?
--Pour autant d'argent.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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