Et, dévotement, elle se signa, car la religieuse Bretagne--vous le
savez--vénère les fées à l'égal des saintes.
* * * * *
J'ignore s'il faut rattacher les lutins au monde des fées, mais, ce qui
est sûr, c'est que cette charmante et malicieuse engeance a toujours
pullulé dans notre pays. Je me suis laissé dire qu'autrefois chaque
maison avait le sien. C'était quelque chose comme le petit dieu pénate.
Tantôt visible, tantôt invisible, il présidait à tous les actes de la
vie domestique. Mieux encore: il y participait, et de la façon la plus
efficace. A l'intérieur du logis, il aidait les servantes, soufflait le
feu dans l'âtre, surveillait la cuisson de la nourriture pour les hommes
ou pour les bêtes, apaisait les cris de l'enfant couché dans le bas de
l'armoire, empêchait les vers de se mettre dans les pièces de lard
suspendues aux solives. Il avait pareillement dans son lot le
gouvernement des étables et des écuries: grâce à lui, les vaches
donnaient un lait abondant en beurre, et les chevaux avaient la croupe
ronde, le poil luisant. Il était, en un mot, le bon génie de la famille,
mais c'était à la condition que chacun eût pour lui les égards auxquels
il avait droit. Si peu qu'on lui manquât, sa bonté se changeait en
malice et il n'était point de mauvais tours dont il ne fût capable
envers les gens qui l'avaient offensé, comme de renverser le contenu des
marmites sur le foyer, d'embrouiller la laine autour des quenouilles, de
rendre infumable le tabac des pipes, d'emmêler inextricablement les
crins des chevaux, de dessécher le pis des vaches ou de faire peler le
dos des brebis. Aussi s'efforçait-on de ne le point mécontenter. On
respectait soigneusement toutes ses habitudes, toutes ses manies. C'est
ainsi que, chez mes parents, notre vieille bonne Filie n'enlevait jamais
le trépied du feu sans avoir la précaution de l'asperger d'eau pour le
refroidir, avant de le ranger au coin de l'âtre. Si vous lui demandiez
pourquoi ce rite, elle vous répondait:
'Pour que le lutin ne s'y brûle pas, si, tout à l'heure, il s'asseyait
dessus.'
* * * * *
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account